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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !

jeudi 17 janvier 2008

Histoire des Afro-américains (4): blues et folk.



Les conditions d’existence restent très difficiles dans les campagnes du sud profond. L’esclavage a disparu, mais les rapports inégalitaires entres les métayers noirs et les propriétaires terriens blancs continuent de rendre les rapports interraciaux difficiles. Les Afro-américains prennent rapidement l’habitude d’utiliser un terme générique pour désigner le Blanc, particulièrement le patron, le propriétaire, celui qui opprime ses « noirs »: il devient Mr Charlie. Lightnin’Hopkins multiplie les blues consacrés au cruel Mr Charlie.



Big Bill Broonzy.


La misère, le racisme institutionnalisé incitent de nombreux Noirs à fuir le sud profond. Big Bill Broonzy quitte l’Arkansas en 1920 pour Chicago. Il explique : « la vraie raison de mon départ, c’est que je ne supportais plus la ségrégation. Quand j’étais à l’armée, j’étais un homme comme les autres ». Or, de retour en Arkansas en 1919, après la grande guerre, un blanc du village lui ordonne de quitter ses vêtements militaires : « aucun nègre ne porte l’uniforme de l’oncle Sam » lui lance-t-il.



Les migrations massives d'Afro-américains qui fuient la misère des Etats du Sud pour gagner les grandes métropoles du Nord.


Or, cette attitude hostile à l’encontre des Noirs de retour d’Europe fut très fréquente, pas seulement dans le Sud. Une vague de violences racistes et d’émeutes anti-Noirs sévit tout au long de l’été 1919, l « été rouge » (38 morts à Chicago par exemple). Dans la petite ville de Tulsa (Oklahoma), le 31 mai 1921, une foule de 10 000 Blancs, parmi lesquels on compte des centaines de policiers, s’en prend aux habitants noirs de la ville. Le quartier de Glenwood, connu sous le nom de « Wall street noir », en raison de sa belle réussite économique et culturelle, est détruit. 6000 noirs sont arrêtés, 9000 se trouvent à la rue après la destruction de 1200 maisons, près de 300 Noirs auraient été tués (enterrés dans des fosses communes ou jetés dans l’Arkansas).



Le South side Chicago, dans les années 1930.


Comme Broonzy, ils sont des milliers à prendre la route en direction des grandes métropoles industrialisées du nord, dans l’espoir d’une vie meilleure. Ainsi, le légendaire Robert Johnson (il aurait vendu son âme au diable en échange de ses dons de guitaristes) compose son Sweet home Chicago. La désillusion est grande la plupart du temps. La ségrégation socio spatiale sévit de fait dans le nord aussi. Des quartiers exclusivement noirs se constituent. Ils deviennent des ghettos délaissés par les populations qui ont les moyens de s’installer ailleurs.


Dans le South side de Chicago, une nouvelle scène blues se constitue. Le Chicago blues, urbain et électrifié, se joue dans les clubs enfumés et mal fréquentés du South side. Quelques grandes figures deviennent très populaires à la fin des années 1940 et au début des années 1950 :


- Muddy Waters (« eaux boueuses») est le chef de file. Les Rolling stones doivent leur nom à un blues de Muddy Water. - Howlin’ Wolf (« loup hurlant ») au blues saturé et énergique ; l’harmoniciste Little Walter, le compositeur Willie Dixon… Tous évoquent dans leurs titres la vie sordide des quartiers difficiles. Ci-dessous, un titre de Big Mama Thornton, "Hound dog".

* Le mouvement folk s'engage pour les droits civiques.



Martin Luther King (MLK), Pete Seeger, Charis Horton, Rosa Parks, Ralph Abernathy en 1957, dans le Tennessee.


A la mort de Woody Guthrie, Pete Seeger reprend le flambeau et poursuit l’œuvre engagée de son aîné. Il s’implique très tôt dans la lutte pour les droits civiques. Ce chanteur de folk-songs, auteur de chansons et militant politique, devient vite une légende. Il reprend un vieux spiritual « We shall overcome » (nous vaincrons). Sa version devient l’hymne des droits civiques entonné lors de la marche de Washington en 1963. D’autres artistes folk participent aussi à cette grande marche pacifique, couronnée par le discours du doctor King : Peter, Paul and Mary interprètent le Blowin’ in the wind de Dylan; Joan Baez ; Bob Dylan.



Quelques uns des principaux artistes de la scène folk engagée: Peter Paul and Mary, Joan Baez, Bob Dylan, les Freedom singers, Pete Seeger et Theodore Bikel, lors du festival de Newport, en 1963.


Tous soutiennent la stratégie de lutte pacifique menée par les mouvements des droits civiques (SCLC: Southern Christian Leadership Conference du dr King, SNCC: Le Student Nonviolent Coordinating Committee, CORE: Congress for Racial Equality). Ces organisations font du Mississippi, le centre d’une activité politique intense, 7% seulement des Noirs y sont inscrits sur les listes électorales en 1962. Ces organisations multiplient les actions pacifiques dans les Etats du Sud: sit-in, boycott, marches pacifiques, inscriptions d'électeurs noirs sur les registres électoraux comme le prévoit la loi.





En mai 1963, Dylan et Seeger se rendent à Greenwood afin d’inscrire les populations noires sur les registres électoraux. Dylan y chante Only a pawn in their game, le récit de l’assassinat d’un militant des droits civiques, Medgar Evers. Il évoque aussi son assassin:


And he's taught how to walk in a pack / Shoot in the back / With his fist in a clinch

To hang and to lynch / To hide 'neath the hood / To kill with no pain

Like a dog on a chain / He ain't got no name / But it ain't him to blame

He's only a pawn in their game.


Et on lui apprend comment marcher en bande /A tirer dans le dos / Avec les poings serrés

A pendre et à lyncher / A se cacher derrière la cagoule / A tuer sans remords
Comme un chien enchaîné /
Il n'a pas de nom / Mais on ne peut pas lui reprocher

Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.


Dylan à Grennwood (Mississippi) en 1963.


Pendant l’été de la liberté, en 1964, ces organisations recrutent des étudiants (beaucoup de jeunes blancs notamment) volontaires afin de mener une campagne massive d’inscriptions d’électeurs dans l’Etat. Seeger est encore une fois de la partie et entonne à de nombreuses reprises We shall overcome accompagné de son seul banjo.



free music



We shall overcome, we shall overcome / we shall overcome someday / Oh! Deep in my heart, I do believe / we shall overcome someday.


Nous vaincrons (2X) / un jour nous vaincrons / Oh! Au fond de moi je le crois / un jour nous vaincrons.



Les autorités américaines ont une méthode infaillible pour déconsidérer un adversaire: il l'accuse de communisme. Lors de cette réunion dans une école du Mississippi (1967), la présence d'un membre avéré du particommuniste permet d'avancer que toute l'audience est communiste. On distingue MLK au premier plan. Seeger se trouve à l'extrême gauche de la photo).


Cet engagement de tous les instants vaut à Seeger, mais aussi à tous les artistes qui soutiennent un peu trop activement les mouvements pour les droits civiques (Jane Fonda, Marlon Brando, Jean Seberg…), des ennuis avec les autorités. En 1955, il est convoqué devant le Comité des activités anti-américaines. Condamné par le Congrès à de prison pour outrage à magistrat, il est libéré quelques mois après, mais son envie de poursuivre son œuvre courageuse, intacte.



* Deux courants musicaux dont l'audience faiblit.


A partir de la fin des années 1950, le public noir se détourne du blues. Les jeunes reprochent aux bluesmen leur manque de combativité, leur soumission. Les thèmes abordés par le blues expliquent en partie cette évolution. Pour l’auditoire, le rappel des souffrances n’apporte rien. Ils se tournent donc vers d’autres genres musicaux plus revendicatifs comme la soul music.



Seeger lors du freedom summer (août 1964), dans le Mississippi.


Le mouvement folk s'effrite également. Certes, Joan Baez continue de dénoncer les injustices partout dans le monde, mais la plupart des autres artistes folks ne jouissent que d'une audience limitée et ils sont vite supplantés par le rock'n'roll naissant. A partir du milieu des années soixante, Dylan lui-même, lassé d'être cantonné dans son rôle de chanteur militant, se tourne vers le rock. Au festival folk de Newport, en 1965, il provoque l'ire de l'auditoire en branchant sa guitare.








Liens:


- Un article intéressant de L'Express sur le Folk.


- Le très bel article réalisé par deux élèves (Cécile Rolland et Loïc Rebaodo) de M. Tribouilloy sur son très bon blog. L'analyse des stratégies uiltisées par le FBI pour déconsidéré le dr Kink sont particulièrement intéressantes.





Sources principales:
- Peter Guralnick:"Sweet soul music_ rythm and blues et rêve sudiste de liberté", éditions Allia,2003.
- Sebastien Danchin:"Encyclopédie du Rythm and blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005.
- Gérard Herzaft:"La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997.

Histoire des Afro-américains en musique (3) : blues et folk-blues



La ségrégation sévit jusque dans l'industrie musicale, puisqu'une distinction s'opère avec les premiers enregistrements de blues. Les disques de musique noire sont classés sous la dénomination de race records, destinés aux gens de couleur. Les enregistrements de blues sont nombreux dans les années 1920, jusqu'au krach boursier de 1929. A partir de cette date, l'industrie du disque s'effondre. Le Nobody knows you when you're down and out de Bessie Smith reflète le marasme qui affecte la société américaine durant les années 1930.

L'économie rurale souffre particulièrement de la crise économique. Les produits agricoles ne se vendent plus. Des milliers de petits paysans fuient les campagnes, en espérant trouver un meilleur sort en ville. L'érosion des sols aggrave encore la situation. Woodye Guthrie revient sur ce phénomène dans son Dust bowl blues.



Le musicologue Alan Lomax.

Si les enregistrements de disques de blues cessent presque complètement dans les années qui suivent le krach de Wall street, la curiosité pour les musiques noires ne faiblit pas. Pendant les années 1930, deux ethnomusicologues, John et Alan Lomax parcourent le vieux Sud pour enregistrer cette musique noire fascinante pour le compte de la bibliothèque du Congrès. Un magnétophone sous le bras, ils écument les églises, chantiers itinérants, champs, prisons, afin de sauver ce patrimoine musical menacé.

En 1930, ils découvrent Huddie Ledbetter, alias Leadbelly, un songster, véritable mémoire musicale du delta du Mississippi. Condamné à 30 ans de travaux forcés pour un assassinat (1917), Leadbelly est enfermé dans le pénitencier de Sugarland. Il bénéficie d'une mesure de grâce en 1925, après avoir joué un blues en l'honneur du gouverneur du Texas en visite dans le pénitencier. En 1930, il est de nouveau condamné à 10 ans de travaux forcés pour tentative de meurtre. Cette fois-ci, il doit sa libération du pénitencier d'Angola en Louisane, à la visite de John Lomax.


Travail des prisonniers dans la ferme pénitencier de Parchman (Mississippi).

Leadbelly consacre de nombreux blues aux bagnes. Son Alabama bound décrit les conditions d'existence épouvantables dans ces pénitenciers. Midnight special évoque le train de minuit qui longe le pénitencier d'Angola. Les détenus rêvent de pourvoir monter dans ce train, symbole de libération. Lightnin' Hopkins décrit l'atmosphère de violence qui règne dans les pénitenciers: "you ought to been on the Bravos in 1904/ you could find a dead man on every turnin' row" ("t'aurais dû voir le pénitencier en 1904/ y avait des cadavres à chaque sillon du champ".



Un chain gang à la tâche.

Les noirs sont les grandes victimes de la rigueur d'une justice qui s'applique de manière discriminante. Ainsi, la loi dans le sud permet de condamner tout Afro-américain convaincu de vagabondage. Pour l'autorité judiciaire, il convient de rentabiliser le travail des prisonniers. C'est ainsi qu'apparaissent les chain-gangs. Les prisonniers, des hommes, des femmes et quelques enfants, noirs dans leur grande majorité, vêtus de costumes rayés, enchaînés les uns aux autres, réalisent des travaux d'intérêt général. Ils cassent des cailloux, posent des chemins de fer, construisent des digues. Ils sont transportés d'un chantier à l'autre dans des cages. En 1936, le No more ball and chain de Josh White dénonce les traitements humilants dont sont victimes les prisonniers noirs dans les pénitenciers sudistes.



Les Etats du sud mettent aussi en place des fermes pénitenciaires: Angola en Louisiane, Sugar Land au Texas, Parchman dans le Mississippi. Les prisonniers cultivent pendant 12 ou 14 heures des champs de cotons. En contrepartie, ils ne reçoivent rien.


Leadbelly "Rock island line".

Libéré sur parole en 1934, Leadbelly devient le chauffeur des Lomax. Il s'établit à New York. Il contribue à l'essor du mouvement folk qui s'y épanouit alors autour d'artistes comme Pete Seeger, Josh White, Woodye Guthrie. Ils est un des premiers artistes noirs à se produire devant des auditoires blancs et il séduit vite les milieux progressistes de Greenwich village. Devant ce public réceptif, les artistes noirs peuvent composer et jouer des titres engagés, chose impensable dans le sud.


Josh White.


Josh White multiplie les blues engagés. Une série de quatre 78 tours intitulé Chain gang bound dépeint les conditions de vie sordides des noirs dans le Sud. Ses textes, ouvertement antiségrégationnistes visent ouvertement le système sudiste. Les ligues racistes se déchaînent contre ses disques, brisés en public, retirés de la vente dans le Sud par la Columbia. Le Ku Klux Klan organise le procès par contumace de White, dont l'effigie est brûlée. Sa maison new-yorkaise est brûlée, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son oeuvre. En 1941, il enregistre un nouvel album au titre explicite: album of Jim Crow blues (écrit en collaboration avec l'écrivain Richard Wright et le poète Waring Cuney). Eleanor roosevelt, qui souhaite mettre un terme à la ségrégation dans le sud, l'invite à plusieurs reprises à la Maison Blanche. Le président F.D. Roosevelt prononce son éloge public et recommande ses disques.



Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ses prises de positions radicales provoquent la curiosité de la Commission des Activités Non Américaines dirigée par McCarthy. Devant la Commission, son témoignage puissant ébranle l'auditoire: "Je hais et je combats Jim Crow (le système ségrégationniste raciste du Sud) parce qu'il est une insulte aux créatures de Dieu, une violation des croyances chrétiennes (...). J'aime l'Amérique parce qu'elle est la terre des exilés, des proscrits, l'ennemi des oppresseurs. Je ne crois pas que Jim Crow soit vraiment l'Amérique. Il n'est que temps pour l'Amérique d'éliminer l'esprit de jim Crow sur son territoire".

Sources principales:
- Peter Guralnick:"Sweet soul music_ rythm and blues et rêve sudiste de liberté", éditions Allia,2003.
- Sebastien Danchin:"Encyclopédie du Rythm and blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005.
- Gérard Herzaft:"La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997.

mercredi 16 janvier 2008

Ferdinand Hodler, (Re)découverte

L'exposition au Musée d'Orsay qui est consacrée actuellement à Ferdinand Hodler donne une chance nouvelle au grand public d'apprécier ce peintre talentueux.


Sa grande toile (116x299cm), la nuit (1891) est sans aucun doute la plus célèbre de ses oeuvres. Elle est également celle qui consacre l'artiste et lui assure sa renommée internationale. Hodler se représente nu, allongé, au centre, attaqué par un spectre noir, la mort. Autour, on le retrouve à nouveau endormi auprès de femmes. Les couleurs atones et le rythme des formes donnent une impression minérale assez glaciale. L'ordonnancement de ces formes est marqué par une certaine symétrie mais plus encore un parallèlisme (principe de composition formelle mais également philosophique, la nature aurait un ordre, une harmonie).
Le tableau fait scandale car l'artiste se représente en compagnie de sa femme et de sa maîtresse. Mais il permet au jeune peintre de côtoyer, l'un des chefs de file du symbolisme, Puvis de Chavannes.

Qui est Hodler ?
Né en 1853 à Berne, issu d'une famille modeste, Ferdinand est orphelin à 14 ans. Sa formation est d'abord artisanale. Il arrive en 1871 à Genèves et devient l'élève de Barthélémy Menn, ami de Corot. Ses premières oeuvres sont marquées par l'influence des peintres réalistes (dont Courbet), on retrouve des portraits, des scènes de la vie quotidienne. La critique dénonce en lui (comme pour les autres peintres réalistes), le peintre de la laideur.
Sa peinture va alors évoluer au milieu des années 1880. Il fréquente les premiers cercles symbolistes de Genèves, lit Mallarmé et Verlaine. C'est alors qu'il adopte l'un des thèmes de prédilection des symbolistes, la mort. Son père et ses cinq frères emportés par la tuberculose ont sans doute marqué l'artiste. La mort devient récurrente dans son oeuvre, le vieux charpentier fabriquant un cercueil, des vieux hommes assis, les fatigués, de vieux hommes dans des linceuls résignés à leur condition de simple mortel dans Eurythmie.

Eurythmie (1895)

Hodler devient un peintre reconnu surtout en Europe centrale. Les commandes se multiplient, on lui propose de décorer la façade de l'exposition nationale suisse de 1896, l'université de Iéna ou encore l'Hôtel de ville de Hanovre. En 1904, il est l'invité d'honneur des peintres de la Secession de Vienne (patrie de Klimt autre grand peintre symboliste). Son succès dans des oeuvres monumentales ne l'empêche pas de poursuivre son travail de portraitiste (influencé par l'expressionnisme) et de paysagiste.
Ces derniers représentent le plus souvent sa Suisse natale, les montagnes (dans une symétrie...qui flirte parfois avec l'abstraction). Quant aux arbres et aux paysages, ils sont teintés d'un japonisme encore à la mode à cette époque.




















Cerisier en fleur (1905) Le lac de Thoune aux reflets (1904)

La pointe d'Andey (1909)

Sa palette va s'éclaircir avec le temps, elle prend des couleurs, celle des fauvistes. Son autoportraits aux roses (1914) en est un bel exemple.














Autoportrait aux roses (1914) Portrait de Gertrud Muller (1911)




Avant de mourrir, en 1918, Hodler fait la démonstration que le légendaire neutralisme suisse n'est pas un atavisme national. Puisqu'il signe en 1914, une pétition contre le bombardement de la cathédrale de Reims par les Allemands. Il est du même coup, exclu et boycotté des sociétés artistiques allemandes auxquelles il appartenait, ces tableaux sont décrochés des musées.

Concluons en citant l'artiste
"Si j’avais encore cent ans à vivre, je continuerais à exprimer les accords, les harmonies de l’humanité. "

Jean-Christophe Diedrich

Liens
27 toiles à découvrir dans un petit diaporama sur le site des Echos
et
Musée d'Orsay, une présentation complète de l'exposition

mardi 15 janvier 2008

Histoire des Afro-américains en musique (2) : le blues.



Le blues exprime, quant à lui, la profonde tristesse des Afro-américains, liée à la dureté des conditions d’existence de l’immense majorité d’entre eux. Les thèmes abordés tournent principalement autour des tracas de la vie quotidienne : travail harassant, amours contrariés, pauvreté… Le genre, qui donne un point de vue individuel, à la différence du gospel, ne s’interdit pourtant pas d’aborder des sujets sociaux plus vastes :


Le Mississippi en crue.

- les catastrophes naturelles qui affectent à intervalle régulier le vieux sud : le sublime Tupelo de John Lee Hooker revient sur les crues du Mississippi en 1927, qui entraînent de nombreuses noyades. Le High water blues de Charley Patton décrit aussi ces innondations dévastatrices. Parolier de grand talent, cet homme à la voix et au jeu de guitare rugueux dépeint dans ses blues les conditions de vie particulièrement éprouvantes dans le delta du Mississippi. Son Dry well blues évoque ainsi la sécheresse qui sévit souvent l'été.



- Patton relate les ravages provoqués par l'invasion d'insectes, les charançons, dans les champs de coton : Mississippi Boll weewil blues.


Le blues prend vraiment forme à l’aube du XXème siècle. Il s’épanouit surtout dans le vieux sud, notamment le delta du Mississippi. C’est la raison pour laquelle, on parle d’abord de blues rural, avant tout accoustique.

Mais dès l’entre-deux-guerres, le blues se diffuse avec les départs massifs des Noirs vers les grands centres urbains du Nord, Chicago et Détroit en particulier. Le genre s’électrifie et ses thèmes, dans un environnement nouveau, évoluent logiquement : Lightnin’ Hopkins compose un T-Model blues faisant référence à la voiture vedette des usines Ford de Detroit.


Lightnin' Hopkins.

Des prises de position politique directes restent rares dans le monde du blues. Néanmoins, dès les années 1930, des chansons dénoncent le racisme et les discriminations dont sont victimes les Noirs :

- Chant de protestation comme le « bourgeois blues » de Leadbelly (« ventre de plomb »), qui revient sur le racisme ordinaire : « Les Blancs de Washington savent y faire/ ils s’amusent à jeter des pièces par terre pour voir les nègres les ramasser ».


Woody Guthrie et Leadbelly font les beaux jours de Greenwich village dans les années 1930 (pour en savoir plus).

- Certains thèmes ouvertement politiques sont parfois évoqués directement, à l’instar du Black brown and white de Big Bill Broonzy. Le refrain dénonce les discriminations : « Si tu es blanc, ça va/ si tu es beige, passe encore/ mais si tu es noir, dégage ! ». Dans le dernier couplet, l’auteur se demande: « quand en finira-t-on avec Jim Crow ? » ( du nom des lois adoptées après la guerre de Sécession dans les Etats du sud des EU restreignant les droits des esclaves fraîchement affranchis et entérinant la ségrégation dans les lieux publics).


Billie Holiday.

- Réquisitoire puissant contre les lynchages, qui restent fréquents dans le sud des Etats-Unis (plus de 3800 personnes entre 1889 et 1940 selon le Tuskegee institute), dans le « Strange fruit », interprété par Billie Holiday.

Cette chanson fut inspirée à Abel Meeropool, un enseignant juif du Bronx, membre du parti communiste, après avoir vu des photos de lynchages. L’ « étrange fruit » qui pend de l’arbre dans la chanson, n’est autre que le corps d’un malheureux noir pendu.


Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze


Strange fruit hanging from the poplar trees Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles,
Du sang aux racines,
Un corps noir se balançant dans la brise du Sud,
Etrange fruit pendant aux peupliers.



- Blind Blake, guitariste aveugle exceptionnel, devient très populaire grâce à ses enregistrements dans les années 1920. Son Police dog blues dénonce les violences policières, tandis qu'il revient sur les lynchages dans le Rope strechting blues.


JB Lenoir.

Dans les années 1960, J. B. Lenoir, déjà évoqué ici, multiplie les blues poignants et engagés. Il se fait le chroniqueur impitoyable d’une Amérique brutale. Tous les thèmes y passent : dénonciation des guerres menées par son pays (« Korea blues », « Vietnam blues ») ; critiques ouvertes à l’encontre du pouvoir en place (« Eisenhower blues »), le racisme virulent qui sévit dans le vieux sud : Down in Mississippi (1966), Alabama song (1965).

Dans cette chanson, il ne mâche pas ses mots et affirme :

« I never will go back to Alabama, that is not the place for me/ you know they killed my sister and my brother/ and the whole world let them peoples go down therre free.”


James Meredith vient d'être touché lors de sa marche pacifique.

Son Shot on James Meredith revient sur un épisode clef de la lutte pour les droits civiques. James Meredith est le premier étudiant noir à fréquenter l’université d’Oxford en septembre 1962, après un combat de hautes luttes. En 1966, alors qu’il entame une marche pacifique pour le droit de vote des noirs dans le Mississippi, il est blessé par balle le 6juin. Le lendemain, Martin Luther King (MLK) et les dirigeants d’autres organisations militantes décident de continuer la marche. Ils parcourent pendant trois semaines l’Etat et réussissent à faire inscrire près de 30 000 noirs sur les listes électorales. Le 25 juin, ils sont 15 000 à rallier Jackson, capitale de l’Etat.


Stokely Carmichael.

Cette « marche de la peur » consacre aussi les divergences entre les leaders de la lutte en faveur des noirs. Si MLK persiste dans sa stratégie non-violente, Stokely Carmichael, à la tête du SNCC, esquisse sa stratégie de lutte raciale pour la prise de pouvoir (Black power). Il considère que désormais les Blancs progressistes n’ont plus leur place dans ce type de manifestations.

Sources principales:
- Peter Guralnick:"Sweet soul music_ rythm and blues et rêve sudiste de liberté", éditions Allia,2003.
- Sebastien Danchin:"Encyclopédie du Rythm and blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005.
- Gérard Herzaft:"La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997.

Histoire des Afro-américains en musique (1) : gospel et work songs.


Sister Rosetta Tharpe.


La musique populaire américaine, plongée dans un contexte précis, aborde très souvent les thèmes d’actualités, ce qui permet ainsi de se plonger dans l’histoire d’une population. Nous allons ici nous intéresser à l’histoire des luttes des Afro-américains par le biais des chansons.

Negro Spirituals:



* L’Eglise joue un rôle essentiel dans le processus de construction communautaire (l’Eglise baptiste en particulier). Cette foi des Noirs trouve à s’exprimer dans une forme musicale nouvelle, très originale : les negro spirituals.

Les Negro spirituals ont pour thèmes la résemption, le triomphe de l'espoir sur la misère et la délivrance. Ces chants reflètent la foi profonde des Afro-américains et renferment parfois des messages cachés de résistance, que la plupart des maîtres d’esclaves ne peuvent pas comprendre, à l’instar d’un negro spiritual traditionnel du XIXème siècle, Go down Moses, qui évoque le triste sort des Hébreux, réduits en esclavages en Egypte et leur quête de liberté ( parrallèle avec la situation des esclaves noirs). « When I was in Egypt land/let my people go/oppressed so hard they could not stand/let my people go ».

Afin de s’exprimer sans risques, les esclaves noirs américains se dotent, au début du XIXème siècle, de tout un jargon de métaphores, incompréhensibles des maîtres blancs. De nombreuses chansons, hermétiques pour ces derniers, circulent de plantations en plantations (underground railroad).


Paul Robeson lors d'une manifestation contre les lois Jim Crow.

Paul Robeson, grand interprète de Negro Spirituals et artiste aux nombreux talents, consacre son existence à la lutte contre le racisme et les inégalités sociales. Adhérent du parti communiste, très impliqué dans la lutte pour les droits civiques et le combat syndical, il fait l’objet de toutes les attentions de la part des autorités. Il s’attire notamment les foudres de McCarthy. Son passeport lui est même retiré et tout est mis en œuvre pour briser sa carrière.


Paul Robeson interprétant "Go down Moses"

* Le mot gospel signifie "Evangile" (littéralement good spelle, bonne parole). Ces chants religieux chrétien des Afro-américains se développent au début du XXème siècle. L'intervention des instruments y est beaucoup plus fréquente que dans les Negro-spirituals. La référence au Nouveau Testament fréquente, alors que son aîné s'intéresse surtout à l'Ancien Testament. Enfin, dans le gospel, la mélodie principale est lancée par le prédicateur (preacher), puis reprise en écho par les fidèles.

Ci-dessous, un titre de siter RoseTTa Tharpe, une chanteuse de gospel très populaire, qui s'accompagne à la guitare.



* Les esclaves qui cultivent les champs de cotons chantent fréquemment afin de se donner du coeur à l'ouvrage ou pour communiquer entre eux. Ces worksongs, chants de travail, donnent naissance à des ballades du folklore noir comme John Henry, l'histoire d'un noir robuste qui travaille sur les chemins de fer et se tue à la tâche pour rivaliser avec un marteau piqueur.

Ci-dessous, une prière désespérée chantée par Vera Hall. Ce titre fut enregistré par le musicologue Alan Lomax, à Livingston (Alabama) en 1937. Vous connaissez? Sans doute car Moby a samplé la voix dans un de ses tubes.




Sources principales:
- Peter Guralnick:"Sweet soul music_ rythm and blues et rêve sudiste de liberté", éditions Allia,2003.
- Sebastien Danchin:"Encyclopédie du Rythm and blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005.
- Gérard Herzaft:"La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997.

dimanche 13 janvier 2008

L'histoire des 3 Adolf de Tezuka

Le livre

Adolf Kamil et Adolf Kauffmann sont deux garçons allemands qui vivent à Kobe au Japon, ils sont amis. Mais le premier est juif et le deuxième est le fils d'un dignitaire nazi marié à une Japonaise. Le troisième Adolf n'est autre qu'Hitler lui-même. Il est celui qui va bouleverser la vie des deux premiers. L'intrigue qui sert de fil conducteur tourne autour des origines d'Hitler. Outre les deux garçons, elle implique un journaliste, Sohei Togué, ancien marathonien, qui fait tout pour tenir la promesse qu'il a faite à son frère, une institutrice pacifiste, un fils d'officier japonais en révolte contre son père.
Tezuka, le "Dieu du manga" nous offre une aperçu très riche et varié de l'âme humaine dans ses travers les plus sombres comme dans ses intentions les plus nobles. Le drame étant qu'une même personne passe de l'un à l'autre.
On peut reprocher à Tezuka certaines libertés qu'il prend avec l'histoire, mais il nous montre magnifiquement comment la haine de l'autre se fabrique et s'apprend. Les deux amis, pris dans des engrenages qui les dépassent (ce ne sont que des adolescents) sont contraints par l'histoire à choisir ou à subir leur sort.
L'auteur est sans doute plus pertinent lorsqu'il dépeint le Japon en guerre que lors des scènes européennes, mais cela ne nuit pas à l'intrigue et à ses multiples rebondissements.

Personnellemnt, j'ai beaucoup aimé cette oeuvre en 4 volumes à lire d'une traite !

Osamu Tezuka, L'histoire des 3 Adolf, Tonkam, 1998; 4 tomes


L'extrait



Les liens

Une biographie d'Osamu Tezuka, un des pionniers du genre et l'un des plus productifs (170 000 pages !). Sa vie (1928-1989) fait l'objet d'un manga en cours de réalisation. Voici le site "officiel". Il existe un forum en français consacré à l'auteur.
Retrouvez le dossier sur l'histoire de l'Asie orientale et des liens sur le révisionnisme dans les mangas. D'autres articles sur les mangas.


mardi 8 janvier 2008

L'Algérie coloniale et la Guerre en BD (1) : Carnets d'Orient de Ferrandez

Plusieurs dessinateurs de BD se sont intéressés à l'histoire commune de l'Algérie et de la France, le plus souvent parce qu'ils ont un lien affectif ou familial avec l'Algérie. Je voudrais vous parler de deux séries de BD qui m'ont beaucoup plu et qui constituent une approche originale et passionnante de cette histoire. Cette semaine, Carnets d'Orient puis prochainement Azrayen de Lax et Giroud.

Jacques Ferrandez, Carnets d'Orient

Depuis 1987, Jacques Ferrandez, né en Algérie en 1955, a entamé la série Carnets d'Orient (déjà dix épisodes, un dernier annoncé)...

Lire la suite et voir l'entretien que j'ai réalisé avec Jacques Ferrandez sur le Blog Algérie-France : une histoire commune ?

dimanche 6 janvier 2008

L'Asie orientale en BD

J'avais prévu de lire pour vous plusieurs BD et de vous en parler. Mais voilà, mon collègue Richard Tribouilloy, qui tient un très bon blog pour ses terminales depuis la rentrée m'a devancé...
Loin de lui en vouloir (ça fait du travail en moins !), je le félicite d'avoir eu cette très bonne idée et je vous renvoie à son article.

Il s'agit du travail du dessinateur Guy Delisle sur trois pays asiatiques, la Chine, la Corée du Nord et la Birmanie. Trois albums sont sortis : Shenzen (2003), Pyongyang (2005) et enfin cette année (oups...), l'an dernier Chroniques birmanes.


mercredi 2 janvier 2008

D'Annunzio à Fiume raconté par David B.

A l'occasion de la sortie du deuxième tome de la trilogie de David B. sur la prise de Fiume par D'Annunzio, voici quelques éclairages sur les évènements qui servent de toile de fond à cette BD.

Qui est Gabriele D'Annunzio ?


Un personnage joue un rôle important avant, pendant et après la guerre, c'est Gabriele D'Annunzio. Poète et écrivain renommé, il milite pour l'entrée en guerre du côté de l'entente. Engagé volontaire dans l'aviation pendant la guerre, il réalise le 9 août 1918 un vol de 1000 km vers Vienne où il largue des tracts comme celui reproduit ci-dessous [photo E.A., Rome, Musée du Risorgimento] et dont vous pouvez lire la traduction.


« Viennois !
Apprenez à connaître les Italiens. Nous volons au-dessus de Vienne, nous pourrions larguer des tonnes de bombes. Nous ne vous lançons qu'un salut tricolore : les trois couleurs de la liberté. Nous autres Italiens ne faisons pas la guerre aux enfants, aux vieillards et aux femmes. Nous faisons la guerre à votre gouvernement, ennemi de la liberté des nations, à votre gouvernement aveugle, obstiné et cruel, qui ne parvient à vous donner ni la paix, ni le pain, et vous nourrit de haine et d'illusions. Viennois ! Vous êtes réputés être intelligents. Mais pourquoi donc avez-vous revêtu l'uniforme prussien ? Vous le voyez, désormais tout le monde est contre vous. Vous voulez continuer la guerre ? Continuez-la, c'est votre suicide. Qu'en attendez-vous ? La victoire décisive que promettent les généraux prussiens ? Leur victoire décisive, c'est comme le pain en Ukraine : on meurt en l'attendant. »
Il prend par la suite un tournant nettement nationaliste comme en témoigne son aventure à Fiume.


1919 : Le poète d'Annunzio s'empare de Fiume

La Grande Guerre s'est achevée, beaucoup d'Italiens ont le sentiment d'une "victoire mutilée". Le poète Gabriele d'Annunzio décide de s'emparer de la ville de Fiume en Istrie (Rijeka pour les Slaves), également revendiquée par le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes né sur les cendres de l'Empire Austro-Hongrois. Le 12 septembre 1919, il entre dans la ville et la contrôle. Il en chasse les troupes françaises, britanniques et américaines et propose la ville au Royaume d'Italie qui la refuse. Il crée alors une régence avec une constitution qui, par certains côtés préfigure le fascisme. Un mélange d'anarchistes, de fascistes, de socialistes et d'aventuriers de tous poils le rejoint. C'est dans ce climat fait de violence et de liberté que David B. nous conduit sur les traces de bandes plus ou moins criminelles en quête de biens à récupérer. En lisant Par les chemins noirs, je trouve que l'on saisit bien le climat qui a pu conduire au fascisme. Il réussit à bien rendre compte de cet épisode très original de l'histoire européenne.

Par la suite, D'Annunzio est obligé de quitter la ville attaquée par les troupes italiennes en décembre 1920. La ville est, jusqu'en 1924, le centre de l'Etat libre de Fiume (ou Rijeka) avant d'être annexée par l'Italie fasciste à cette date.

David B., Par les chemins noirs, tome 1 : "Les prologues", Futuropolis, 2007 et tome 2 : "Les Fantômes", 2008


L'extrait



Les liens

mardi 18 décembre 2007

Sarajevo-Tango

Le livre

Indigné par l'impuissance volontaire ou non de la "communauté internationale" pendant le siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, l'auteur de Bandes-dessinées Hermann a écrit en 1995 une BD-manifeste. Publiée peu de temps avant la fin du siège et les accords de Dayton mettant fin à la guerre, le livre a été envoyé par l'auteur à de nombreuses autorités pour les faire réagir (la liste est en début d'ouvrage.
Et en effet, l'ONU, rebaptisée pour l'occasion "Boutros Rallye" (du nom de son secrétaire-général d'alors, l'Egyptien Boutros-Ghali) n'a pas le beau rôle dans l'histoire racontée par Hermann. Entre cynisme et indifférence, l'organisation internationale ne semble être là que pour rassurer les médias avec son doigt menaçant pointé vers les forces serbes, métaphore des menaces sans effet. On pourra reprocher ce parti-pris à Hermann tant les moyens d'action de l'ONU, en Yougoslavie come ailleurs, ont toujours dépendu de la volonté des Etats.

Reste que la plongée que nous offre Hermann dans Sarajevo en guerre montre bien l'enfer qu'ont vécu les civils, finalement les principales victimes de ce "jeu" de masacres. L'intrigue nous rappelle l'univers de la série Jeremiah qui fit le succès de l'auteur. Un univers où se croisent le monde du crime, celui du pouvoir, celui des médias. Des figures en émergent, jamais des saints, mais avec un bon fond. L'intrigue nous entraine sur les traces de Zvonko, un ex-légionnaire chargé de ramener en Suisse une petite fille.


L'extrait



Les liens

Les messages du blog qui parlent de la Yougoslavie (un des responsables du siège vient d'être condamné, Milosevic,...).
Des infos sur le site des éditions Dupuis. Une critique virulente de la BD. Un portrait d'Hermann, auteur de la série Jeremiah. Son site officiel.

samedi 8 décembre 2007

Gen, enfant d'Hiroshima

Le livre

Kenji Nakazawa est né en 1939 et vit à Hiroshima, il est mangaka, c'est-à-dire auteur de manga. Il nous livre un récit autobiographique bouleversant sur son histoire et celle de sa famille avec Gen d'Hiroshima (titre original : Gen aux pieds-nus, Hadashi no Gen). Dans le Japon militariste, le père de Gen se distingue par son pacifisme de plus en plus ouvert et de moins en moins supporté par les autorités locales et le voisinage. Il est régulièrement arrêté et battu. Ce "déshonneur" rejaillit sur ses enfants qui subissent toutes sortes de brimades et poussent son ainé à s'engager dans l'armée pour prouver qu'il n'est pas un "fils de traître". Le premier volume n'est fait que des ses malheurs qui accablent la famille Nakaoka, outre la faim et la peur des bombardements qui semblent étrangement épargner Hiroshima. Gen, 6 ans, et son petit frère Shinji, entre survie et occupations habituelles d'enfants de leur âge,

Le premier tome nous fait plonger au coeur de la société japonaise en guerre. C'est l'histoire par en bas et cela ne manque pas d'intérêt, en particulier pour le lecteur occidental peu au fait de la guerre d'Asie-Pacifique. L'éditeur signale judicieusement qu'Einstein n'a pas participé au projet Manhattan ayant abouti à la première bombe atomique.
C'est donc un manifeste pacifiste contre le militarisme du Japon en guerre, mais aussi, évidemment, contre cette arme de destruction sans précédent utilisée par les Etats-Unis.
Les tomes suivants (il y en a 10 en tout...), que je n'ai pas encore lus, évoquent la suite du parcours de Gen dans le Japon sous occupation américaine.

Sur la forme, une fois surmontées les difficultés à lire les bulles et les pages de droite à gauche, on se laisse surprendre par l'univers du manga. Je ne suis pas suffisamment calé sur cet univers pour vous dire si la violence qui le traverse est habituelle (celle de la guerre bien sûr, mais aussi celles de la société japonaise ou du père sur ses fils...). La violence de l'explosion qui clôt le premier volume ressemble à de la science-fiction, ce qu'elle n'est évidemment pas. Kenji Nakazawa , à travers l'évocation de son propre passé par le dessin, nous donne un aperçu saisissant de ce traumatisme pour les corps et les esprits.


L'extrait





[Air traditionnel américain que chante Gen dans le tome 4 pour distraire les soldats américains pendant que d'autres leur volent du lait. Entendu par ailleurs dans le très bon O'Brother des frères Coen]

Les liens

Dans le dossier du mois de décembre 2007, des liens sur l'histoire dans les mangas, notamment sur le révisionnisme qu'on y trouve parfois. Une chronologie interactive de l'Asie orientale aux XIXème et XXème siècles. Des liens sur le Japon.

Une critique sur BDGest. La série a reçu le prix Asie-ACBD 2007.
Un dessin animé a été réalisé dont voici le début (ci-dessous) et même un film. Le dessin animé est disponible en DVD. D'après Fabien Tillon, cette adaptation est plus ambigüe quant la période militariste et le pacifisme du père de Gen y est grandement édulcoré.

Un très bon site pour comprendre les deux bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.