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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !
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mardi 23 décembre 2008

La ballade des bérets verts.



Bien loin du protest song ou des chants révolutionnaires, voici un hymne à l'armée américaine, envisagée comme ultime rempart face à l'avancée communiste, sur fond de guerre du Vietnam.

Ce morceau du Staff Sergeant Barry Sadler date de 1965. L’escalade militaire a débuté au Vietnam, mais les protestations contre l’intervention américaine restent alors extrêmement minoritaires.
A ce titre, ce morceau semble très représentatif de l’état d’esprit de la majorité silencieuse américaine d'alors.

La suite est à lire sur L'Histgeobox.

mardi 2 décembre 2008

"La Tonkinoise" : Quand la chanson célébrait la colonisation

Depuis "La casquette du père Bugeaud", la chanson coloniale a fait son entrée dans la culture populaire, grâce à l'école en particulier. Mais au début du XXème siècle, la chanson coloniale ne célèbre plus la conquête, elle véhicule l'exotisme, l'érotisme, souvent sur un mode comique qui n'hésite pas à verser dans le racisme.

jeudi 20 novembre 2008

"Born In The USA" : hymne patriotique ou chanson contestatrice ?

Le chanteur Bruce Springsteen fait partie de la génération qui a si chèrement sacrifié sa jeunesse au Vietnam. Le "Boss", originaire du New Jersey, n'y est pas allé lui-même (la conscription ne concernait qu'un pourcentage des jeunes susceptibles d'être incorporés chaque année, d'où les paroles du deuxième couplet), mais a connu beaucoup de personnes qui y ont combattu.
Suivons-le dans les tourments d'un vétéran de retour du Vietnam dans l'Amérique de Reagan.

mercredi 12 novembre 2008

CSN&Y évoquent le massacre d'étudiants à Kent Sate en 1970 : "Ohio"

Le groupe CSN&Y est un groupe de rock et folk formé en 1968. Il associe des musiciens aux styles et aux personnalités assez différentes. La figure la plus connue est le Canadien Neil Young qui poursuit depuis cette date une carrière solo tout en se joignant parfois au groupe. CSN&Y participe au mythique festival de Woodstock en 1969, année de son premier album. Alors qu'ils sont au zénith de leur succès, leur tournée est interrompue pour enregistrer un titre écrit par Neil Young.

4 étudiants viennent d'être tués sur le campus de leur université.

Lire la suite et découvrir la chanson sur l'histgeobox


mardi 7 octobre 2008

Nineteen, retour au Vietnam en 1985

Encore une chanson sur le Vietnam mais elle n'est pas contemporaine au conflit puisqu'elle date du milieu des années 80 quand l'Amérique tentait de faire le deuil d'une défaite qui l'avait tant affaiblie.




Lire la suite de l'article de J.C. Diedrich sur L'Histgeobox.


vendredi 12 septembre 2008

Edwin Starr:"War".


Le titre "War" reste le plus grand hit de la carrière d'Edwin Starr. Cette chanson de protestation, qui dénonce l'enlisement américain au Vietnam, sort en 1970, peu de temps après la version originale des Temptations.


Lire la suite de l'article et écouter le morceau sur L'Histgeobox.

mardi 27 mai 2008

Les Protest songs avec "2000 ans d'histoire".

Ecoutez l'émission"2000 ans d'histoire", sur France Inter, consacrée aux protests songs, ces chansons contestataires qui fleurirent particulièrement au cours des années 1960. L'interlocuteur de Patrice Gelinet est Charles Gancel, le co-auteur d'un excellent libre sur le sujet, dont je recommande la lecture à tout ceux que le sujet intéresse.

Ci-dessous, la présentation de l'émission sur le site d'Inter:

« Ce qui ressort de ma musique, c’est un appel à l’action. »
Bob Dylan

Au pays du blues, du rock et du folk, c’est en chanson bien sur que quelques musiciens contestataires des années 60 ont exprimé leur révolte contre une Amérique qu’ils n’aimaient pas. Celle de la violence, du conformisme, du racisme et de la guerre du Vietnam. Pendant dix ans, ils ont pesé sur la politique des Etats-Unis en mobilisant derrière eux des centaines de milliers de jeunes américains avec des chansons qui ont fait le tour du monde. C’était l’époque de Pete Seeger, Joan Baez, Nina Simone, Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Tom Paxton, Country Joe, les Byrds mais aussi du plus célèbre d’entre eux, qui en entrant un jour dans un café de New York en 1961, allait mettre le feu aux poudres : Bob Dylan.

Plusieurs échantillons sonores rythment la discussion: Bob Dylan "Blowing in the wind", Joan Baez "We shall overcome", Tom Paxton "Lyndon Johnson told the nation",
Country Joe "I feel that I'm fixing to die rag", Aretha Franklin "Respect", Joan Baez et Donovan "Colours".





2000 ANS DHISTOIRE 25.03.2008 - Patrice GELINET - Radio France


Liens:

- Sur l'émission 2000 ans d'histoire.

- Le blog de Charles Gancel.


lundi 25 février 2008

Les déserteurs du Vietnam


Dans l'émission les mercredis de l'histoire sur Arte cette semaine, un documentaire est consacré aux déserteurs pendant la guerre du Vietnam :

"La guerre du Viêt-nam a été contestée, au sein même de l'armée américaine, par des milliers de soldats. Histoire d'un mouvement oublié, par la voix de quelques-uns de ces vétérans insoumis."

Pour en savoir plus sur ce programme diffusé mercredi 27 à 21h50, vous pouvez allez sur le site de l'émission.
Retrouvez l'article de J. Blottière sur les chansons anti-guerre.

jeudi 14 février 2008

chansons anti-guerre du Vietnam.


Manifestation de protestation contre la guerre du Vietnam.


En 1968, quatre ans après le déclenchement de l’escalade américaine au Vietnam, de grandes manifestations anti-guerre parcouraient les Etats-Unis. Une manifestation rassemble 250 000 Américains à Washington le 20 novembre 1969 et même un demi million de personnes le 3 mai 1971. Parmi ces manifestants, on trouve de nombreux hippies.

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Ce mouvement, qui apparaît dans la seconde partie des années soixante sur la côte ouest des Etats-Unis, se développe dans ce contexte de contestation et de refus de l’ordre établi. Les manifestations contre la guerre du Vietnam rassemblent une partie de la jeunesse. Cette génération née au lendemain de la seconde guerre mondiale entend fuir la société de consommation, refuse la soumission au pouvoir en place. Elle se ressource dans les valeurs écologistes et égalitaires, souvent issues des philosophies orientales.

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Quand ils ne militent pas activement et directement pour faire cesser le conflit au Vietnam. La plupart de ces jeunes prônent simplement la paix, l’amour du prochain (« peace and love ») et aspirent à un monde plus juste.

La musique fut l'un des vecteurs privilégiés de cette révolte, principalement la musique rock. Certains chanteurs prirent ouvertement position contre le conflit.
Dès 1964, le Lyndon Johnson told to the nation de Tom Paxton dénonce l'ambigüité du discours du président américain, à l'origine de l'engagement de son pays dans le conflit.

J'ai reçu une lettre de L.B.J. / elle disait que c'est un jour de chance / il est temps que tu mettes tes pantalons kaki / bien que cela puisse paraître très étrange / on n'a pas de travail pour toi ici / alors on t'envoie au Vietnam / Lyndon Jhonson a dit au pays: / "n'ayez pas peur de l'escalade / j'essaie de faire plaisir à tout le monde / bien que ce ne soit pas vraiment la guerre / on en envoie 50 000 en plus / pour aider à sauver le vietnam des Vietnamiens"

L'attaque est frontale à un moment où les libéraux ménagent Johnson en raison de sa lutte contre la pauvreté. Quelques années plus tard, Paxton récidive avec Talking Vietnam potluck blues, peinture cruelle d'une armée en déroute, dont les soldats ne trouvent de réconfort que dans la consommation de drogues.



Hendrix lors du festival de Woodstock, en août 1969.

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Ainsi, le prodige de la guitare qu’est Jimi Hendrix revisite et « maltraite » à sa manière l’hymne américain (« The Star Spangled Banner »), afin de protester contre ce conflit sanglant, lors de sa prestation à Woodstock, en août 1969. Le son qui sort de sa guitare, saturé, strident, n’est pas sans rappeler les explosions et bombardements d’une guerre.
D'autres titres d'Hendrix évoquent le Vietnam. All along the watchtower empruntée à Dylan, sort juste après l'offensive du Têt, en 1968. Le tableau apocalyptique dressé (inspiré du livre d'Isaïe), les références à la souffrance, à l'évasion et le son stupéfiant qui sort de la guitare valent une grande popularité au titre auprès des troupes. Sur scène, Hendrix prend aussi l'habitude de dédicacer son Machine gun à ceux qui luttent "au Vietnam ou à Berkeley".

The letter interprétée par les Box tops en 1967, évoque le retour des soldats au pays après les rudes combats. Son succès est immédiat chez les combattants:" Donnez-moi un ticket d'avion [...]/ je rentre chez moi, car mon amour m'a écrit une lettre".

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Dans le même état d'esprit, les Fugs manie l'humour noir dans leur fougeux Kill for peace, qui se termine dans un fracas d'obus et de balle:

Si tu n'aimes pas leurs manières / ou la façon dont ils marchent / tue tue tue pour la paix (2x) [...]
Si tu leur laisses la vie sauve / ils pourraient soutenir les Russes [...] / tue tue tue pour la paix
Mitraille ces connards de niakoués / le seul niakoué / auquel un Américain puisse faire confiance / et celui dont la tête jaune / a été dégommée / tue tue tue pour la paix.

Toujours à Woodstock, le groupe Country Joe and the Fish interprète « I feel like I’m fixin to die rag », chanson phare de la protestation contre la guerre. En introduction de la chanson, il fait scander "Fuck " à la foule en guise de condamnation de ce stupide conflit. La chanson dénonce l’absurdité de la guerre, l’envoi d’innocents à l’abattoir:
rappliquez, vous les grands gaillards / oncle Sam a besoin de votre aide / il est dans un sacré pétrin / tout là-bas au Vietnam / alors laissez tomber vos livres / et prenez un fusil / on va vraiment bien se marrer

(« Sent your sons off before it's too late / To have your boy come home in box » = « dites au revoir à vos fils avant qu’il ne soit trop tard / avant qu’ils ne reviennent d’en une boîte »).

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Country Joe and the fish.

L'infatigable Pete Seeger adapte au conflit vietnamien son Waist deep in the big muddy ("embourbé jusqu'au cou"), initialement consacré à la seconde guerre mondiale. Il y narre l'absurdité d'un capitaine qui conduit ses hommes à l'abattoir, en l'occurence des sables mouvants. L'allusion au "grand crétin qui dit qu'il faut continuer" est limpide, elle vise Johnson et entraîne donc une censure implacable du titre.
Il milite encore pour le retrait des toupes américaines avec la chanson If you love your Uncle Sam (bring them home) ("si tu aimes ton oncle Sam, ramène-les à la maison"). Sans verser dans le pacifisme béat, il affirme: "Je ne suis pas vraiment pacifiste, [...]/ si une armée envahissait mon pays / tu me verrais au front".

Le 7 o'clock silent night de simon and Garfunkel dénonce avec subtilité les violences sans fins qu'engendre la guerre. Une voix de speaker égrène les informations toutes plus sinistres les unes que les autres et termine son journal par une citation d'un Nixon péremptoire: "L'opposition à la guerre dans ce pays est la plus grande arme oeuvrant contre les Etats-Unis". Aussitôt, les deux bardes entonnent la berceuse "douce nuit", dont la beauté paisible tranche avec la brutalité des messages précédents.

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un étudiant abbatu sur le campus de l'université de Kent.

Le célèbre chanteur canadien Neil Young, quant à lui, revient dans son titre « Ohio » sur le massacre de 4 étudiants tués par la garde nationale, le 4 mai 1970, sur le campus de l’université de Kent (Ohio), alors qu’ils manifestaient contre l’envoi de soldats dans le sud-est asiatique.

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Arlo Guthrie, fils du barde contestataire Woody Guthrie, compte l’histoire d’un jeune homme qui parvient à échapper à la guerre en se faisant condamner pour vandalisme dans son "Alice's restaurant".

Dans leur titre « Fortunate son » (1969), le Creedence Clearwater Revival dénonce ces « fils privilégiés » exemptés de service militaire (et de guerre du Vietnam) grâce à leur statut de fils d'hommes de pouvoir ou de célébrité (l’auteur s’est inspiré du fils Eisenhower).

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"Certains types sont nés pour agiter le drapeau / oh, ils sont bleus, blancs et rouges / et l'orchestre joue "vive le chef" / ils pointent le canon sur vous / seigneur, c'est pas, c'est pas moi / je sui pas fils de sénateur / c'est pas moi / je sui pas un chanceux."

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Run through the jungle, toujours du Creedence, décrit sans fard la dureté de cette guerre. Un même réalisme frontal entraîne la censure du unknown soldier des Doors ("une balle frappe le devant du casque et c'est fini pour le soldat inconnu").

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Les artistes afro américains ne sont pas en reste cependant. Il s'agit du premier conflit au cours duquel les Noirs combattent dans les mêmes unités que les Blancs. De très nombreux Noirs, pourtant majoritairement hostiles à ce conflit, sont envoyés au Vietnam.

De nombreuses voix s'élèvent contre le conflit au Vietnam: Martin L. King dans un discours de 1967, Mohammed Ali qui refuse de servir au Vietnam en 1967, devient objecteur de conscience. Il lance: " ils veulent que j'aille au Vietnam pour tuer des Vietcongs, alors qu'eux, ne m'ont jamais lynché, jamais traité de nègre, n'ont jamais assassiné mes leaders". Malcolm X, quant à lui, s'étonne de voir " l’homme jaune tué par l’homme noir se battant pour l’homme blanc".

Il n'est donc pas surprenant que cette guerre "inspire" la musique noire américaine. Dans son blues "I don't wanna go to Vietnam", John Lee Hooker chante:"Lord have mercy, Lord have mercy, don't let me go to Vietnam/I have my wife and my family, I don't wanna go to Vietnam/We got so much trouble at home, we don't need to go to Vietnam/Yeah yeah there's a whole lot of trouble right here at home, don't need to go to Vietnam".
J.B. Lenoir rédige un vibrant plaidoyer contre la guerre avec son Vietnam blues (1965):
Vietnam, Vietnam, tout le monde pleure à propos du Vietnam / d'ici peu ils me tueront là bas au Mississippi / personne ne semble s'en préoccuper / oh mon Dieu, si tu pouvais entendre ma prière / s'il te plaît aide mes frères là bas au Vietnam / ces pauvres garçons qui se battent, tuent, se cachent dans des trous / qui tuent peut-être leurs pauvres frères, ils ne savent pas"

Comme beaucoup d'Afro-américains, Lenoir voit aussi dans cet enlisement au Vietnam, un bon moyen pour faire lanterner les Noirs en pleine lutte pour les droits civiques. M. Luther King, qui soutenait initialement la politique de Johnson, dénonce bientôt sa stratégie belliqueuse et souligne à quel point les sommes engagées pour tuer seraient utiles pour venir en aide aux populations misérables des ghettos.



Côté soul, Edwin Starr entonne son hymne antimilitariste « War » (1970) ; Freda Payne qui enregistre en 1971 un morceau pacifiste au titre explicite : « Bring the boys home », aussitôt banni des ondes par le gouvernement. Bill Withers, dans son "I can't write left handed", revient sur les amputations et blessures provoquées par les combats.

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Deux superbes compilations de deep soul retracent le conflit du point de vue des Afro-Américains: "A soldier's sad story_ Vietnam through the eyes of black America 1966-1973" et "Does anybody know i'm here? Vietnam through the eyes of black America 1962-1972" . Sur la première, quelques titres particulièrement réussis peuvent être mentionnés: Marching off the war de William Bell, Soldier's sad story de Tiny Watkins, quintescence de la deep soul sudiste.

Enfin, bien après la fin du conflit, le « Straight to hell » des Clash en 1982 s’intéresse aux enfants nés de l’union de soldats américains et de Vietnamiennes et le sort peu enviable qui est réservé à ceux qui souhaitent se rendre aux Etats-Unis.

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N'hésitez pas à me signaler en commentaire le nom d'autres titres qui dénoncent cette guerre. D'avance merci.

Sources principales:
- Yves Delmas et Charles Gancel:"Protest song", Textuel musik, 2005
- Un TPE original et intéressant: "que chantait l'Amérique?" (lors de la guerre du vietnam).

Liens:
- Les principaux concerts du festival de Woodstock (notamment celui d'Hendrix).

mardi 12 février 2008

Rambo, symbole de l'Amérique triomphante ou désenchantée ?

Personnage de guerrier invincible, Rambo incarné par Sylvester Stallone va devenir le symbole de l’Amérique triomphante des années 80. Avec la sortie de John Rambo, Sylvester Stallone ressuscite ce personnage pour le montrer vieillissant mais encore dévastateur. Si le boxeur Rocky Balboa, l’autre personnage fétiche de l’acteur incarne plutôt la classe ouvrière américaine, l’ ex commando d’élite John Rambo va lui représenter à la fois la mauvaise conscience de l’Amérique comme son anti-communisme le plus outrancier. Retour sur un personnage qui devient un enjeu historique dans les années 80…

Le film "Rambo : First Blood" fondateur de la série, s'inscrit dans la vision désenchantée de l'Amérique suite à la défaite au Vietnam.

Ancien commando d'élite, John Rambo n'a pu se réacclimater à un pays qui n’a rien eu de plus pressé que de vouloir oublier ses vétérans, symbole d’une guerre perdue dont elle ne veut plus parler. Devenu une sorte de vagabond, Rambo subit les vexations du shérif d’une petite bourgade des Rocheuses. Arrêté puis molesté par le policier et ses adjoints, Il finit par exploser, dévaste le commissariat et redevient la bête de guerre qu’il a été. Réfugié dans les montagnes, il est traqué par la garde nationale mais s’avère un gibier plus dangereux que ses chasseurs. Alors que toutes les autorités veulent s’en débarrasser seul le colonel Trautman, son ancien formateur, comprend le traumatisme de l’ancien soldat et tente de calmer le jeu.

Le film est sorti en 82 mais il a été écrit à la fin des années 70. Ronald Reagan vient tout juste d’être élu et le souvenir de la sale guerre est encore vif. Le désenchantement de la décennie précédente est encore palpable dans ce film. La fin originale qui avait même été tournée faisait tuer le personnage dans un dernier baroud inutile contre les forces de l’ordre. Le film sous ses allures de production d’action met le doigt là où ça fait mal. Le retour au pays d’une génération traumatisée par cette guerre perdue et que personne n’attend à la maison.

C’est, malgré la présence de Stallone, un film à relativement petit budget sur lequel peu de gens aurait misé. Il marquera durablement les esprits et s’inscrit parmi les meilleurs films d’action de la décennie 80.

Trois ans plus tard, Rambo revient pour un Rambo II qui part dans une direction diamétralement opposée.


Le vétéran est tiré de la prison où il croupit pour les destructions causées dans le premier opus afin de repartir secrètement au Vietnam vérifier si des prisonniers américains ne s’y trouveraient pas encore détenus. Là, pour sortir ses camarades des prisons où ils croupissent, il se rebelle contre ses commanditaires qui veulent éviter l’incident diplomatique et affronte leurs sadiques geôliers vietnamiens qui sont en plus épaulés par une escouade de spetsnaz, les soldats d’élite soviétiques.


Barbara et Ronald Reagan au coté de Stallone et de son épouse de l'époque l'actrice Birgit Nielsen

En 85 l’ambiance n’est plus la même. « America is Back ». Ronald Reagan a relancé la guerre fraîche contre l’empire du mal soviétique. D’ailleurs le président Reagan aurait déclaré après avoir vu le film «Si l’Amérique a un problème, nous saurons qui envoyer… ». L’heure n’est plus à l’apitoiement mais à l’offensive contre l’hydre communiste. Rambo va, court, vole et venge l’Amérique en traversant des rideaux de balles et des bombardements au napalm, regagnant pratiquement la guerre du Vietnam à lui tout seul.

Le film devient le symbole de la puissance américaine retrouvée. Il relance la vraie question des disparus « missing in action », ces soldats abandonnés sur place aux mains de l’ennemi à la fin de la guerre du Vietnam et qui selon le scénario aurait été volontairement oubliés là bas par des politiciens soucieux de négocier la paix à tout prix. Le film n’est pas très subtil mais diablement efficace. Le personnage devient dans le monde entier le symbole de l’Amérique triomphante et volontaire. Ce n’est pas un hasard si les Guignols de l’info utiliseront la marionnette de Stallone quelques temps plus tard pour symboliser la puissance militaire américaine. Le film n’est pas le seul sur le créneau et toute une série de productions de films de guerre à succès copieront ce modèle alimentant pour les américains le fantasme d’un conflit qui aurait pu être gagné si on y avait mis les moyens…

En 1988, Rambo part cette fois-ci en Afghanistan pour affronter directement les soviétiques qui occupent le pays et délivrer le colonel Trautman retenu prisonnier après une opération ratée d’aide aux maquisards afghans

Prévu pour relancer Stallone dont la carrière commence à s’essouffler, le film joue la carte de la surenchère envoyant Rambo directement face à l’armée rouge. Très manichéen (gentils résistants afghans contre vilains russes tortionnaires), le film dédié au courageux peuple afghan devient risible tant Rambo apparaît ici comme un surhomme invulnérable abattant des hélicoptères à l’arc. Sa sortie, bien que rentable, n’eut pas le succès escompté, en effet l’air du temps a commencé à changer et le film arrive un peu trop tard. Les relations sont devenues beaucoup plus cordiales avec l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir en URSS et l’amélioration des relations américano-soviétique est à l’ordre du jour. Signe des temps une semaine avant la sortie américaine, Gorbatchev annonce le départ des soviétiques d’Afghanistan.

Faute d’ennemi à combattre et suite à la faillite de Carolco, la maison de production possédant les droits du personnage, Rambo s’endort jusqu’en 2008 pour ressortir aujourd’hui dans John Rambo qui nous présente un vétéran vieilli dans un monde qui ne s’est pas calmé avec la chute de l’empire soviétique. Le film, scénarisé et réalisé par Stallone lui-même nous présente donc un Rambo âgé mais toujours massif qui s’est retiré dans la jungle thaïlandaise pour y chercher la paix de l’âme. Un groupe de missionnaires naïfs et légèrement illuminés l’engage pour les mener en Birmanie, en territoire Karen, une ethnie minoritaire qui subit de la part du gouvernement militaire birman un véritable génocide. D’abord réticent à s’impliquer, il reprend les armes lorsque les missionnaires sont enlevés par des militaires birmans lors de l’attaque du village où ils se sont installés.

Ce nouveau Rambo est en rupture par rapport aux précédents. Pas d’ennemi idéologique à affronter ici, le film décrit une de ces interminables « guerre de basse intensité » qui ensanglante le monde et qui ne font pas la une des médias. Un gouvernement narco-militaire qui massacre et réduit en esclavage des populations entières dans l’indifférence générale. Les grands gouvernements internationaux, américains en tête sont absents. Seuls des humanitaires, ici les missionnaires d’une église évangélique, sortes de boy-scouts bourrés de bons sentiments mais un peu en dehors des réalités semblent se préoccuper de ce qui s’y passe. Rambo n’est plus le super soldat de l’Amérique mais juste un gars paumé qui comprend que ce qu’il sait le mieux faire au monde, c’est tuer. Alors il le fait, parce que c’est le plus simple et peut-être le plus efficace, même si au bout du compte ça ne change jamais rien.

Soyons honnêtes, le film ne va pas très loin et l’arrière plan birman est surtout un prétexte pour ressusciter un personnage chargé d’un imaginaire encore porteur commercialement après le succès de Rocky Balboa. Rambo ne se bat plus pour l’Amérique, ni pour lui-même mais juste parce qu’il est fait pour cela. Stallone et son visage ravagé par les opérations esthétiques ratées apporte une véritable puissance au film. Mais bon, ce qui reste surtout c’est l’incroyable déchaînement de violence du film qui me font le déconseiller aux plus jeunes et aux plus sensibles. Que ce soient les soudards birmans qui s’amusent à envoyer les civils courir dans les champs de mines ou Rambo lui-même qui arrache des carotides à mains nues, on est abasourdi par la violence des images. Les têtes explosent, les membres sont arrachés sous les impacts, de quoi faire passer le débarquement du « Soldat Ryan » pour « Bambi ». La guerre ce n’est pas beau et le film le montre complaisamment.

Rambo au final revient dans son pays où il n’est plus ni un rebelle, ni une icône patriotique. Juste quelqu’un qui veut rentrer chez lui. Le ras-le bol de la guerre en Irak est passé par là. Stallone est un républicain mais confesse avoir été très déçu par Bush et son administration. Il appelle à voter John McCain, ancien prisonnier lors de la guerre du Vietnam qui, tout en glorifiant les valeurs traditionnelles américaines et en appelant à poursuivre l'intervention en Irak a été un des premiers à dénoncer les excés de l'administration Bush dans le bourbier irakien. Stallone dans ce film semble déterminé mais aussi plus désabusé : la force a parlé en Irak ou ailleurs. Ce n'était pas une belle chose mais aux yeux de nombreux américains, c'était nécessaire face au terrorisme. Encore une fois Rambo illustre l’état d’esprit de l’Amérique profonde. Il a fallu faire la guerre et cela a été fait. Il est temps de rentrer à la maison maintenant, sans triomphalisme, mais sans honte…