Des livres, des films, des émissions, des musiques, de l'art pour apprendre et comprendre le monde

Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !
Affichage des articles dont le libellé est Mai 68. Afficher tous les articles
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samedi 10 mai 2008

Les chansons de 68 sur l'hitgeobox (début de série).

Cliché de Gilles Caron.


"A bas l'Etat policier" par Dominique Grange.


Depuis la fin mars 1968, une profonde remise en question de la société française se fait entendre et va en s’amplifiant. Au cours des premiers jours de mai, C'est l'éclatement des revendications politiques, sociales et culturelles de toute une génération. La révolte embrase le quartier latin.

Lire la suite et écouter le titre ici.

mardi 6 mai 2008

Des photos inédites de mai 68 à Nancy

Merci à Jean-Luc Wagler, Jérôme Pozzi, Jean-Christophe Diedrich et M.V. pour les photos et documents fournis. Retrouvez ici les photos de Jean-Luc Wagler en couleur.

Retrouvez les autres épisodes :
  1. Mars 1968 à Nancy : les prémices de mai ? (J. Pozzi)
  2. Les tracts de mai : des vecteurs d’une provocation ciblée (J. Pozzi).
  3. Les lycées en ébullition
  4. Les affiches : le vecteur privilégié des provocations étudiantes (J. Pozzi)
  5. La parole se libère à la salle Poirel, "l'Odéon" lorrain (témoignage de Stéphane Tencer et photographies de Jean-Luc Wagler)
  6. Des photographies inédites (Fac de médecine, Salle Poirel,...) (J.-L. Wagler)
  7. Retour à la normale...
Vous avez également été témoin ou acteur de mai 68 à Nancy, n'hésitez pas à nous raconter votre histoire et à nous faire parvenir vos documents !


samedi 3 mai 2008

Mai 68, histoire d'un printemps en BD

La Bande dessinée d'Arnaud Bureau et Alexandre Lefranc est un excellent moyen de comprendre le mois de mai 1968 en France.

jeudi 24 avril 2008

Les affiches, le vecteur privilégié des provocations étudiantes


"En mai 1968, les affiches ont sans doute été moins nombreuses que les tracts, mais elles ont été incontestablement un support plus efficace des provocations étudiantes. En effet, les affiches peuvent être considérées à bien des égards, comme une sorte de « journal mural » [1] qui invite au débat public en interpellant ceux ou celles qui les regardent. Ayant de facto vocation à toucher un plus grand nombre de personnes qu’un tract, les affiches par leur aspect artistique et par le message qu’elles véhiculent révèlent l’état d’esprit de ceux qui les ont conçues. D’autre part, l’affiche vient combler le côté austère du tract et correspond mieux de ce fait aux réalités étudiantes du mouvement de mai. Les affiches qui fleurissent alors sur les murs de la faculté des Lettres [2] témoignent d’une dimension festive et ludique inhérente au mouvement de remise en cause de la société entrepris par les étudiants."

L'historien Jérôme Pozzi nous propose une analyse de quelques affiches placardées à la fac de lettres de Nancy en ce mois de mai 1968.


lundi 21 avril 2008

Mai 68 à Metz ?


Les événements de mai tardent à venir à Metz dans cette cité aux allures austères, habituellement peu encline à la révolte. En effet, la ville et le département de la Moselle ont toujours voté "conservateur" depuis la première élection présidentielle de 1848 aux élections de mai 2007. Le vote à gauche des deux bassins industriels du Nord du département est généralement compensé par la partie rurale du département et la ville de Metz.

Mai 68 débute à Metz le 7 mai, avec une première réunion sur l’île du Saulcy. Cette île qui appartenait à l’armée est depuis peu une cité universitaire dépendante de celle de Strasbourg. On trouve à cette époque trois établissements, le Collège Universitaire Scientifiques (1963), l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Metz (1965), et l’IUT de mesure physique (1967) quant au Collège Littéraire Universitaire, il se situe dans la ville (rue de l’Amphithéâtre) dans des préfabriqués.

La révolte de Mai 68 s’articule un peu comme en France autour de deux contestations : la première est étudiante, la seconde ouvrière. Les étudiants messins, peu nombreux (1600 à la rentrée 1967) sont peu enclins à la révolution, ils revendiquent quelques améliorations matérielles, mais surtout l’ouverture d’une Université autonome à Metz avec des enseignements de 2è cycle inexistant jusqu’alors. Certes, on constate à de nombreuses reprises qu'ils se montrent solidaires des Parisiens, en critiquant les violences policières mais la situation messine les isole quelque peu. Ils trouvent auprès de leurs professeurs et des édiles locaux des alliés de circonstance pour que puisse naître l’Université de Metz : pas très révolutionnaire, tout cela !

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Jean-Christophe Diedrich



Des lectures en kiosque sur Mai 68

- Le journal Pilote, créé en 1959 autour de Goscinny et depuis disparu, a initié beaucoup de lecteurs à la BD avant d'être contesté en 1968. Les éditions Dargaud sortent un numéro anniversaire où sont invités 60 auteurs de Bande-Dessinée. On y retrouve des anciens du journal comme Marcel Gotlib, Cabu, Jean Giraud, Fred et Jean-Claude Mézières, mais aussi des auteurs plus jeunes comme Jul, Blutch ou Manu Larcenet. Le journal est vendu sous deux couvertures différentes signées Cabu et Giraud/Moebius.

- Télérama publie un Hors-série sur l'héritage de 1968 accompagné d'un cd d'extraits sonores des évènements relatés par RTL. La radio était alors une des seules sources d'information en l'absence de journaux. Le pouvoir contrôlant l'ORTF, les radios "périphériques" ont joué un rôle déterminant pour informer les Français.

- Le Magazine Littéraire édite également un Hors-Série pour ceux que la complexité des idées qui ont conduit au bouillonnement intellectuel de cette époque intéresse. Un fac-similé de certains articles publiés par le magazine en mai 1968 accompagne ce numéro.

- Enfin, les Cahiers pédagogiques publient un numéro sur Mai 68 et l'école où l'on retrouve des articles anciens et nouveaux. Parmi ces articles se trouve celui d'un des contributeurs de ce blog, J.-C. Diedrich : Redécouvrir l'héritage de Mai 68.

samedi 19 avril 2008

Sous les pavés, le sexe et le plaisir

Voilà qui résume en substance, notre propos, mai 68 aurait été le point de départ (ou plutôt l’accélérateur) de la libération sexuelle désormais presqu’achevée aujourd'hui. En effet, à en croire, l’étude récemment publiée sur la sexualité des Français, les comportements ont fortement évolué depuis 1970. Il y a désormais convergence dans la pratique sexuelle. Les femmes se rapprochent des hommes pour ce qui concerne l’âge du premier rapport sexuel (17,6 ans pour les femmes, 17,2 pour les hommes) ou bien le nombre de partenaires. Cette convergence est sans aucun doute l’une des conséquences de ce qu’on a appelé la libération sexuelle.


Mais que doit-on exactement entendre par libération sexuelle ?

Dans l’acception de l’époque, il s’agissait de faire reconnaître la sexualité en dehors des liens du mariage…Il s’agissait aussi d’une attaque en règle contre l’institution du mariage. Pour cela, la nécessité était de faire tomber toute une série de tabous entretenus par l’Eglise et la société bien pensante : la contraception, l’avortement, le plaisir (et plus particulièrement des femmes), l’homosexualité.

(suite)

vendredi 21 mars 2008

Nanterre, le 22 mars 1968


C’est à Nanterre que démarre la contestation étudiante. Tentons de comprendre et d’expliquer,


Une ville, une université, un bidonville ?

Nanterre est une ville de la banlieue ouest de Paris dans le département des Hauts de Seine. En 1968, elle est peuplée de 90 000 habitants mais elle se caractérise surtout à cette époque par l’arrivée brutale de deux types de population : d’une part des immigrés arrivant du Maghreb depuis le milieu des années 50 et qui s’agglutinent dans plusieurs bidonvilles et d’autre part des étudiants de la nouvelle université installée depuis 1964 pour répondre à la forte croissance des étudiants parisiens. La vieille Sorbonne a ainsi délocalisé les Sciences humaines dans cette banlieue ouest. Ces deux nouveaux arrivants changent ainsi en profondeur la sociologie de la ville.

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mardi 18 mars 2008

Mai 68 s’invite à Cannes

L’année 1968 fut plutôt une année faste pour le cinéma : 2001 Odyssée de l'Espace, Théorème, La Nuit des Morts-Vivants, Il était une fois dans l'Ouest, La planète des singes, Rosemary's baby, La mariée était en noir...

Aux Oscars, on récompense « Dans la chaleur de la nuit » de Norman Jewison, où un flic noir incarné par Sidney Poitier, (l’une des premières star afro-américaine) enquête sur un meurtre dans une petite ville raciste du Mississipi. 6 jours avant la cérémonie, Martin Luther King était assassiné. Nous en reparlerons...

Claude Lellouch, Jean-Luc Godard
et François Truffaut
bloquant les projections du festival.

En France, les événements de 68 vont rattraper le petit monde du cinéma et perturber cette belle institution bien huilée qu'est le festival de Cannes. Pour une fois aux avants-postes de la contestation sociale, le petit monde du 7ème art entend bien devenir le porte parole et le fer de lance de la révolution en marche. Si le résultat immédiat ne dépassera pas la simple annulation de la remise des prix du festival, les conséquences à long terme seront l'émergence d'une nouvelle génération de cinéastes et de producteurs qui vont dans la décennie qui suit prendre en main les rênes du cinéma français.

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samedi 15 mars 2008

Mai 68 en kiosque

Les publications se multiplient en kiosque et dans les librairies sur l'année 1968 en général et sur le mois de mai en particulier.
Signalons le Hors-série du Monde 2 qui a une approche originale à partir de photos parue dans le magazine Life et d'articles. Certains sont des reproductions d'articles de 1968 comme le fameux "La France s'ennuie" de Pierre Viansson-Ponté, publié le 30 avril. L'année est abordée dans sa dimension internationale, non seulement à travers des évènements, mais aussi des acteurs, des livres, des films et des objets.

Le quotidien Libération, issu de la mouvance au coeur des évènements de mai 68, consacre tous les vendredis un article approfondi à l'année 1968. Cette semaine, l'agitation paysanne. Les articles précédents traitaient du movimiento en Italie, du développement de l'informatique.
En revanche, rien à signaler pour l'instant du côté du Figaro... sinon ça ou encore ça.

Retrouvez le sommaire complet du dossier sur l'année 1968 en France et dans le monde.

[Photographie à la une du Hors-série du Monde 2: La terre vue de la Lune, prise par la mission Apollo en 1968]

jeudi 13 mars 2008

"A bientôt j’espère" raconte la grève de Rhodiaceta en 1967


Ce petit film militant a été tourné en décembre 1967. Il évoque une grève qui a marqué les esprits à Besançon et en France. Celle-ci se caractérisa par une longue occupation d’usine, près d’un an avant les grèves de mai 68. Le film tourné après la grève par Chris Marker est diffusé en février 1968 à la télévision française. Il est intitulé « A bientôt j’espère », promesse lancée par un gréviste aux patrons, interprété a posteriori comme un défi prémonitoire.

Le film

Il est tourné après la longue grève de février-mars 1967, durant une nouvelle poussée de mécontentements en décembre 1967...
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mardi 11 mars 2008

Why the king of love is dead?

L’assassinat du dr King suscite une immense émotion dans tout le pays. Le président Johnson déclare le 7 avril jour de deuil national. Le 9, plus de 100 000 personnes assistent aux funérailles de King à Atlanta, tandis que près de 120 millions de téléspectateurs regardent la retransmission télévisée de la cérémonie funèbre.


la dépouille de King lors de ses funérailles.

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dimanche 9 mars 2008

L'année 68 au Japon : Les vents de la colère

Japon, fin des années 1960, deux fils d'un ancien officier de l'armée japonaise connaissent des destins différents. L'ainé, Mitsutaka, suit la ligne tracée par son père et devient un brillant militaire. Le cadet, Gen, goûte peu l'atmosphère martiale qui règne à la maison et décide de quitter la famille. Il est alors confronté, dans son désir d'indépendance et sa soif d'idéal, aux problèmes de son époque.



samedi 23 février 2008

juin 1967: le festival de Monterey et l'apogée du rock psychédélique.



Jimi Hendrix immole sa guitare lors de son concert à Monterey.

Depuis 1965, le quartier d’Haight-Ashbury à San Francisco est devenu un centre d’attraction essentiel. Des milliers de jeunes américains, en rupture avec les valeurs de leurs parents, affluent dans ce quartier. Ils rejettent la société consumériste qui domine dans tous les pays capitalistes, dénoncent l’impérialisme américain, à commencer par l’intervention au Vietnam, de plus en plus massive. Ils aspirent à d’autres choses et veulent connaître de nouveaux horizons. A ce titre, les voyages sont célébrés :


* voyages vers l’Asie, dont les civilisations et les valeurs spirituelles ancestrales fascinent. Nombreux sont les jeunes occidentaux à tenter le voyage en Inde ou au Népal. En 1968, les Beatles se rendent en Inde afin d'apprendre la méditation transcendantale auprès du Maharishi Mahesh Yogi.


* voyages intérieurs aussi grâce à la consommation de substances hallucinogènes capables d’altérer la conscience et les perceptions, notamment le LSD. Le message est clair, « everybody must get stoned » (« tout le monde doit se défoncer ») comme l’ordonne Dylan. De fait, lors des rassemblements de hippies, une grande partie de l’assistance se trouve sous LSD (trip).



Affiche du festival.

* voyages sonores enfin. Le rock psychédélisme ambitionne, à son tour, de faire planer l’auditoire en utilisant toutes les possibilités offertes par l’électrification des instruments, mais en recourant aussi aux jeux d’ombres et de lumières sur scène (light show). Le bien nommé acid rock, en plein essor, se caractérise ainsi par :

- la longueur des morceaux, qui s’affranchissent du cadre étriqué de la chanson rock standard, qui excède rarement les trois minutes (en lien aussi avec le format 45 tours). Les titres du Grateful Dead, par exemple, s’épanouissent souvent au-delà des vingt minutes, particulièrement sur scène où ils se lancent dans de riches improvisations.



George Harrison et Ravi Shankar.

- l’utilisation d’instruments rares ou exotiques : sitars et tablas indiens (le guitariste des Beatles George Harrison fait de nombreux émules en utilisant le sitar dont il apprend à jouer auprès de Ravi Shankar), cruche utilisée par le Thirteen Floor Elevators.

- saturation des instruments, qui permet l’altération des sons, la distorsion, recours à la pédale wah wah ou au fuzz. La perception des notes est modifiée comme la conscience lors d’un trip. Tout ce tient… Hendrix utilise constamment ces procédés afin de produire des sons évocateurs (son morceau Machine gun où on croit entendre des crépitements d’armes).




Grace Slick et Janis Joplin.


Les « enfants fleurs » se réunissent bientôt pour écouter les groupes d’acid rock. En janvier 1967, 30 000 spectateurs protestent dans le Golden Gate Park de San Francisco contre la récente interdiction du LSD et écoutent à cette occasion Janis Joplin, Grateful Dead ou encore le Quicksilver Messenger Service. Lors de ces « Human be-in », les participants doivent se libérer et repousser toute forme d’inhibition (amour libre, consommation de drogues et de produits macrobiotiques).


Le festival pop de Monterey, en juin 1967, constitue le premier véritable festival de musique tel qu’on les conçoit aujourd’hui avec une billetterie, la vente de produits dérivés (alimentation macrobiotique à l’époque, achat de fripes) et la succession des groupes sur scène.



Pour les observateurs de l’époque, deux ans avant Woodstock, ce festival de Monterey s’avère bien supérieur musicalement au premier, malgré une notoriété moindre. Pendant trois jours, du 16 au 18 juin 1967, il réunit 40 000 personnes dans un champ à 180 km au sud de San Francisco. Les images de Pennebaker, qui filme le festival, révèlent une atmosphère bon enfant entre les participants, souvent défoncés à l’acide.


Le producteur et un des membres du groupe californien des Mama’s and the Papa’s sont à l’origine du projet, organisé pour aider des associations caritatives. Il n’en coûte qu’un dollar pour écouter de la musique debout. L’affiche rassemble de nombreux groupes phares du moment : les Mama’s and the Papa’s bien sûr ; les folkeux Simon and Garfunkel ; le sitariste indien Ravi Shankar, seul musicien payé, qui demande à une assistance médusée de ne pas fumer pendant ses 3heures de raga ; les Who qui fracassent leurs instruments sur scène au grand dam du public ; le Canned Heat et les Byrds, tous deux dans un jour sans ; Scott Mckenzie, auteur de l’hymne hippie « San Francisco ».

Jefferson Airplane - Today (Monterey 1967)
Vidéo envoyée par baltanar


Le Jefferson Airplane à Monterey.

Surtout, le festival consacre le triomphe du Frisco sound, la scène rock psychédélique de San Francisco en plein essor, avec la présence de quatre groupes phares :

- Country Joe and the Fish menés par le “hippie rouge” Country Joe. Ce provocateur né, qui fait scander FUCK aux foules présentes à Woodstock, afin de protester contre l’envoi toujours plus massif de GI’s au Vietnam, doit son surnom à Joseph Staline. En effet, les Américains surnommait ce dernier "country Joe" durant la seconde guerre mondiale. Il milite très tôt dans les milieux contestataires de Berkeley et Oakland. On lui doit une des chansons les plus caustiques sur la guerre du Vietnam: "I feel like i'm fixin' to die rag".

- Le Grateful Dead (« Le mort reconnaissant ») de Jerry Garcia qui se lance dans des improvisations planantes qui subjuguent l’auditoire. Groupe emblématique de cette période qui est de tous les grands festivals, dans lesquels il joue généralement gratuitement et presque toujours dans un état second.

- Le Jefferson Airplane (le nom désigne des allumettes en carton destinées à allumer des joints), auteur d’un White rabbit d’anthologie, compte rendu musical d’un trip digne d’ « Alice au pays des merveilles » de Carroll. Tandis que Somebody to love reste un de leurs plus grands succès.

La chanteuse du groupe, Grace Slick, s'impose rapidement comme la figure clef de la bande. Engagée, elle se noircit le visage pour marquer son soutien aux Noirs du sud des EU toujours victimes de discriminations. Provocatrice, elle n'hésite pas à chanter torse nu et à proférer des obscénités sur scène, comportements inadmissibles dans une Amérique toujours très puritaine.

Lors du festival, elle crève l'écran. Pennebaker, le réalisateur du film sur le festival, braque presque exclusivement sa caméra sur Slick, ce qui suscite des tensions ausein du groupe.
Quoi qu'il en soit, l'Airplane reste incontestablement un groupe phare du Frisco sound.

Janis Joplin - Ball and Chain
Vidéo envoyée par Funkadelika


Le ball and chain déchirant de Janis Joplin à Monterey.

- Enfin, le Big Brother and the Holding company mené par Janis Joplin, une jeune texane écorchée vive qui hurle le blues et entre en communion avec le public auquel elle se livre totalement, comme l’atteste le Ball and Chain d’exception qu’elle interprète à Monterey. La prestation de Joplin représente un des sommets du rassemblement.

L'audience du Big Brother et de sa chanteuse reste plutôt confidentiel. Ils ne font pas partie des stars et ne sont programmés le samedi après-midi. Le concert remporte un immense succès et le groupe se voit proposer un second concert, le dimanche soir, en clôture du festival. C'est ce concert qui est filmé par Pennebaker. Moins réussi que le précédent, il prouve cependant à quel point Janis constitue la clef de voûte de la formation.
Sur scène, elle donne le meilleur d'elle même sur scène. Complètement libérée, elle se livre totalement au public, s'abandonne à lui.


Hendrix à Monterey - sacrifice de la guitare
Vidéo envoyée par nikkojazz


Hendrix dans ses oeuvres: wild thing en l'occurence..

Deux autres quasi-inconnus (en tout cas pour un public blanc californien) sont consacrés à Monterey.

- Jimie Hendrix, un guitariste originaire de Seattle, est parfait inconnu dans son pays. Brian Jones des rolling stones l'introduit sur scène par ces mots: "le guitariste le plus excitant que j'aie jamais vu.

D'emblée, il livre une leçon de guitare. Sa présence magnétique captive le public. Il tire de sa guitare des sons inconnus jusqu'alors, maîtrisant distorsions et larsens. Il joue au dessus de sa tête, dans son dos, avec ses dents et ermine son show en embrasant sa guitare stratocaster, avant de la fracasser. Le public, médusé, se souviendra longtemps de ce concert inouï.

- Otis Redding, l'immense soulman de l'écurie STAX de Memphis, livre un concert remarquable, dont l’énergie se communique à un public déchaîné, peu habitué aux sonorités chaudes de la soul sudiste. Après cette prestation Redding pense avoir conquis ce public blanc qui le boudait jusque là. De fait, il remportera un immense succès avec son Sittin on the dock of the bay, mais un succès posthume, puisqu'il trouve la mort avec son groupe, les Bar-Kays, dans un accident d'avion.

Otis Redding - Shake à monterey
Vidéo envoyée par moriganne


Big O, une des trois grandes révélations du festival.

Au bout du compte, le festival est une grande réussite en plein Summer of love. Succès commercial, artistique, le festival ouvre une longue série d'autres rassemblements musicaux. Il place sur la carte du rock deux figures centrales qui accèdent au rang de mythe: Janis Joplin et Jimie Hendrix. Les excès et le désenchantement n'ont pas encore atteint le mouvement qui se délitera deux ans plus tard.



Sources:- La série Summer of love dans les archives du Monde 2, notamment le troisième épisode consacré au festival de Monterey (le Monde daté du 14 juillet 2007).
- Le formidable "Protest song_ la chanson protestataire dans l'Amérique des Sixties" d'Yves Delmas et Charles Gancel, éditions Textuel, 2005.

dimanche 10 février 2008

L'atelier populaire et les affiches de mai 68

Depuis quelques semaines, les revues et journaux succombent à la tentation commémorative. Mai 68 a quarante ans et les discours hostiles de Sarkozy pendant la campagne électorale de 2007 n'ont pas complètement entaché la nostalgie bienveillante de certains, pour ce moment assez unique dans notre histoire contemporaine.
Dans les manuels scolaires, dans les revues ou sur les nombreux livres édités sur les évènements, on retrouve des affiches où le rouge et le noir dominent. La plupart sont des sérigraphies sorties de l'Atelier populaire (c'est-à-dire l'école des Beaux-Arts de Paris), elles reprennent les slogans de la rue, diffusent les idées de mai 68....Ces affiches sont en quelques sortes les documents qui témoignent le mieux l'effervescence libertaire de ce moment historique. Qui sont les artistes qui ont réalisé ces affiches, comment l'atelier populaire a-t-il fonctionné ? Quelles sont les techniques employées ?

L'Ecole des Beaux-Arts, la sage, l'endormie est investie par les étudiants le 14 mai 68. Durant deux jours, des assemblées générales réorganisent l'école qui prend le nom d'Atelier populaire. Contrairement aux idées reçues, cette période est marquée par une réelle organisation, nécessaire à la production en masse d'affiches. Les premières assemblées définissent les nouvelles orientations de l' institution : réorganiser le système éducatif, établir un lien avec les grévistes ouvriers et utiliser l'art comme un outil de propagande.





On décide d'afficher à l'entrée de l'école le texte suivant : Travailler dans l'atelier populaire, c'est soutenir concrètement le grand mouvement des travailleurs en grève qui occupent leurs usines contre le gouvernement gaulliste anti-populaire. En mettant toutes ses capacités au service de la lutte des travailleurs, chacun dans cet atelier travaille pour lui, car il s'ouvre par la pratique au pouvoir éducateur des masses populaires".

La première affiche est une lithographie intitulée : U sines - U niversités - U nion



La lithographie, vieux procédé de reproduction ne permettait cependant pas de produire rapidement et massivement des affiches. Lors de l'assemblée du 14 mai, l'artiste, Guy de Rougemont propose d'utiliser la sérigraphie. Presqu'inconnue en France, cette technique n'était pas considérée comme assez noble et assez précise par de nombreux artistes qui lui préféraient la lithographie ou la gravure.

En quoi consiste la sérigraphie ?
Le livre Atelier populaire, présenté par lui-même publié par UUU en 1968 explique concrètement les différentes étapes afin sans doute d'en diffuser la technique au plus grand nombre.
Pour faire simple, la sérigraphie s'inspire du pochoir. Elle consiste à boucher les parties que l'on ne veut pas voir imprimer d'une soie (à l'origine mais en 68 on utilise le nylon moins coûteux). La soie se tend sur un châssis de bois et une raclette sert à étaler l'encre qui traverse et s'inscrit à aux endroits non obturés. Les affiches de mai 68 allaient presque toutes utilisées cette technique marquée de sa simplicité : absence de dégradé, mono ou bichromie (le plus souvent)...imposant une esthétique un peu naïve à la production. On retrouve beaucoup d'affiches qui ne sont en fait que du texte...ce qui les rapproches des graffitis qui se multiplient sur les murs de Paris durant cette période.
Très rapidement les ateliers produisent plusieurs milliers d'affiches par jour.



Comment les étudiants ont-ils réussi à produire autant d'affiches ?

L'Atelier populaire se compose en fait d'un atelier où l'on conçoit les affiches et de plusieurs ateliers où on les réalise : atelier de sérigraphie (le plus important), de lithographie, de pochoir et une chambre noire.
Une assemblée générale se réunit quotidiennement réunissant tous les militants et artistes. Lors de cette AG, on choisit les projets démocratiquement après débat.
Les projets d'affiches sont généralement faits en commun après une analyse de la situation politique et des événements de la journée ou après des discussions aux portes des usines. Deux questions sont généralement posées : l'idée politique est-elle juste ? L'affiche transmet-elle bien cette idée ?
Puis les projets acceptés sont réalisés par les équipes des ateliers qui se relaient nuit et jour. Des dizaines d'équipes de colleurs se sont constituées, rejointes par celles des comités d'action de quartiers et de comités de grève des usines.

Les responsabilités au sein des ateliers ne devaient être que provisoire et donc tournantes selon la nécessité. Ainsi l'Atelier populaire devint une institution ouverte et démocratique qui attira plus de 300 artistes et des milliers d'étudiants qui donnaient un coup de main plus ou moins ponctuellement.

(photos extraites du livre Mai 68, les mouvements étudiants en France et dans le monde, BDIC,1988)



Qui sont les acteurs de cette formidable production ?

Il est difficile de citer des noms puisque la plupart des affiches ne sont pas signées. Cela n'était pas dans l'esprit. Malheur à l'artiste qui aurait eu l'outrecuidance de signer son œuvre.
Nous citerons quelques artistes qui ont attesté plus tard de leur participation dans cette expérience assez unique : Gérard Fromanger, Guy de Rougemont, Julio le Parc (membre du GRAV : groupe de recherche et d'art visuel) ... Des artistes tchèques vont aussi participer à ces ateliers... ils seront (selon Fromanger) à l'origine des affiches qui dénonceront l'invasion soviétique en août 68.


Existe-t-il une esthétique propre aux affiches de mai 68 ?
Comme nous l'avons déjà souligné, les contraintes techniques de la sérigraphie avaient influencé profondément la forme de ces affiches.
Pour autant, il ressort de cette production concentrée en un lieu, en un temps et par un groupe d'artistes (qui débattent beaucoup), une sorte d'unité véritablement originale.
Les affiches sont le plus souvent textuelles et manuscrites. Les slogans, les messages qui sont retranscrits sont marqués par une profonde spontanéité issue sans aucun doute en partie des slogans scandés dans la rue. Fromanger raconte ainsi que les ouvriers, les étudiants venaient aux AG pour proposer ou soumettre leurs idées. Les affiches saisissent ainsi la fraîcheur du mouvement et diffuse rapidement les mots d'ordre ainsi que les thématiques : De Gaulle, les CRS et leur violence, la liberté, les grèves dans les usines etc...

En analysant la plupart des affiches, on constate donc des récurrences : une image qui frappe couplée d'un texte court et percutant. On joue avec des formes, des dessins simples en aplats. Le texte brut se retrouve en haut ou en bas de l'image dialoguant avec. L'aspect brut de la réalisation, et l'humour ou la férocité des slogans contribuent à donner une impression de force et d'efficacité des messages véhiculés. Ainsi ces affiches ont joué un rôle dans la mobilisation et dans la diffusion des idées résolument libertaires de ces quelques semaines.

Ces images efficaces et belles aujourd'hui pullulent non plus sur les murs de nos villes mais sur les sites et les blogs de la toile. Ne doutons pas que le marchandising y mettra d'ici peu son nez.... fabricant tasse, T-Shirt, sac pour nos lycéens en quête d'icône et de messages un peu subversifs mais pas trop !

Voici quelques liens qui vous donneront accès à plusieurs centaines d'affiches.

Blog dédié à mai 68

200 affiches à voir


Enfin, voici quelques affiches moins connues dont la cible est le Général






































JC Diedrich