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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !

jeudi 17 janvier 2008

Histoire des Afro-américains (4): blues et folk.



Les conditions d’existence restent très difficiles dans les campagnes du sud profond. L’esclavage a disparu, mais les rapports inégalitaires entres les métayers noirs et les propriétaires terriens blancs continuent de rendre les rapports interraciaux difficiles. Les Afro-américains prennent rapidement l’habitude d’utiliser un terme générique pour désigner le Blanc, particulièrement le patron, le propriétaire, celui qui opprime ses « noirs »: il devient Mr Charlie. Lightnin’Hopkins multiplie les blues consacrés au cruel Mr Charlie.



Big Bill Broonzy.


La misère, le racisme institutionnalisé incitent de nombreux Noirs à fuir le sud profond. Big Bill Broonzy quitte l’Arkansas en 1920 pour Chicago. Il explique : « la vraie raison de mon départ, c’est que je ne supportais plus la ségrégation. Quand j’étais à l’armée, j’étais un homme comme les autres ». Or, de retour en Arkansas en 1919, après la grande guerre, un blanc du village lui ordonne de quitter ses vêtements militaires : « aucun nègre ne porte l’uniforme de l’oncle Sam » lui lance-t-il.



Les migrations massives d'Afro-américains qui fuient la misère des Etats du Sud pour gagner les grandes métropoles du Nord.


Or, cette attitude hostile à l’encontre des Noirs de retour d’Europe fut très fréquente, pas seulement dans le Sud. Une vague de violences racistes et d’émeutes anti-Noirs sévit tout au long de l’été 1919, l « été rouge » (38 morts à Chicago par exemple). Dans la petite ville de Tulsa (Oklahoma), le 31 mai 1921, une foule de 10 000 Blancs, parmi lesquels on compte des centaines de policiers, s’en prend aux habitants noirs de la ville. Le quartier de Glenwood, connu sous le nom de « Wall street noir », en raison de sa belle réussite économique et culturelle, est détruit. 6000 noirs sont arrêtés, 9000 se trouvent à la rue après la destruction de 1200 maisons, près de 300 Noirs auraient été tués (enterrés dans des fosses communes ou jetés dans l’Arkansas).



Le South side Chicago, dans les années 1930.


Comme Broonzy, ils sont des milliers à prendre la route en direction des grandes métropoles industrialisées du nord, dans l’espoir d’une vie meilleure. Ainsi, le légendaire Robert Johnson (il aurait vendu son âme au diable en échange de ses dons de guitaristes) compose son Sweet home Chicago. La désillusion est grande la plupart du temps. La ségrégation socio spatiale sévit de fait dans le nord aussi. Des quartiers exclusivement noirs se constituent. Ils deviennent des ghettos délaissés par les populations qui ont les moyens de s’installer ailleurs.


Dans le South side de Chicago, une nouvelle scène blues se constitue. Le Chicago blues, urbain et électrifié, se joue dans les clubs enfumés et mal fréquentés du South side. Quelques grandes figures deviennent très populaires à la fin des années 1940 et au début des années 1950 :


- Muddy Waters (« eaux boueuses») est le chef de file. Les Rolling stones doivent leur nom à un blues de Muddy Water. - Howlin’ Wolf (« loup hurlant ») au blues saturé et énergique ; l’harmoniciste Little Walter, le compositeur Willie Dixon… Tous évoquent dans leurs titres la vie sordide des quartiers difficiles. Ci-dessous, un titre de Big Mama Thornton, "Hound dog".

* Le mouvement folk s'engage pour les droits civiques.



Martin Luther King (MLK), Pete Seeger, Charis Horton, Rosa Parks, Ralph Abernathy en 1957, dans le Tennessee.


A la mort de Woody Guthrie, Pete Seeger reprend le flambeau et poursuit l’œuvre engagée de son aîné. Il s’implique très tôt dans la lutte pour les droits civiques. Ce chanteur de folk-songs, auteur de chansons et militant politique, devient vite une légende. Il reprend un vieux spiritual « We shall overcome » (nous vaincrons). Sa version devient l’hymne des droits civiques entonné lors de la marche de Washington en 1963. D’autres artistes folk participent aussi à cette grande marche pacifique, couronnée par le discours du doctor King : Peter, Paul and Mary interprètent le Blowin’ in the wind de Dylan; Joan Baez ; Bob Dylan.



Quelques uns des principaux artistes de la scène folk engagée: Peter Paul and Mary, Joan Baez, Bob Dylan, les Freedom singers, Pete Seeger et Theodore Bikel, lors du festival de Newport, en 1963.


Tous soutiennent la stratégie de lutte pacifique menée par les mouvements des droits civiques (SCLC: Southern Christian Leadership Conference du dr King, SNCC: Le Student Nonviolent Coordinating Committee, CORE: Congress for Racial Equality). Ces organisations font du Mississippi, le centre d’une activité politique intense, 7% seulement des Noirs y sont inscrits sur les listes électorales en 1962. Ces organisations multiplient les actions pacifiques dans les Etats du Sud: sit-in, boycott, marches pacifiques, inscriptions d'électeurs noirs sur les registres électoraux comme le prévoit la loi.





En mai 1963, Dylan et Seeger se rendent à Greenwood afin d’inscrire les populations noires sur les registres électoraux. Dylan y chante Only a pawn in their game, le récit de l’assassinat d’un militant des droits civiques, Medgar Evers. Il évoque aussi son assassin:


And he's taught how to walk in a pack / Shoot in the back / With his fist in a clinch

To hang and to lynch / To hide 'neath the hood / To kill with no pain

Like a dog on a chain / He ain't got no name / But it ain't him to blame

He's only a pawn in their game.


Et on lui apprend comment marcher en bande /A tirer dans le dos / Avec les poings serrés

A pendre et à lyncher / A se cacher derrière la cagoule / A tuer sans remords
Comme un chien enchaîné /
Il n'a pas de nom / Mais on ne peut pas lui reprocher

Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.


Dylan à Grennwood (Mississippi) en 1963.


Pendant l’été de la liberté, en 1964, ces organisations recrutent des étudiants (beaucoup de jeunes blancs notamment) volontaires afin de mener une campagne massive d’inscriptions d’électeurs dans l’Etat. Seeger est encore une fois de la partie et entonne à de nombreuses reprises We shall overcome accompagné de son seul banjo.



free music



We shall overcome, we shall overcome / we shall overcome someday / Oh! Deep in my heart, I do believe / we shall overcome someday.


Nous vaincrons (2X) / un jour nous vaincrons / Oh! Au fond de moi je le crois / un jour nous vaincrons.



Les autorités américaines ont une méthode infaillible pour déconsidérer un adversaire: il l'accuse de communisme. Lors de cette réunion dans une école du Mississippi (1967), la présence d'un membre avéré du particommuniste permet d'avancer que toute l'audience est communiste. On distingue MLK au premier plan. Seeger se trouve à l'extrême gauche de la photo).


Cet engagement de tous les instants vaut à Seeger, mais aussi à tous les artistes qui soutiennent un peu trop activement les mouvements pour les droits civiques (Jane Fonda, Marlon Brando, Jean Seberg…), des ennuis avec les autorités. En 1955, il est convoqué devant le Comité des activités anti-américaines. Condamné par le Congrès à de prison pour outrage à magistrat, il est libéré quelques mois après, mais son envie de poursuivre son œuvre courageuse, intacte.



* Deux courants musicaux dont l'audience faiblit.


A partir de la fin des années 1950, le public noir se détourne du blues. Les jeunes reprochent aux bluesmen leur manque de combativité, leur soumission. Les thèmes abordés par le blues expliquent en partie cette évolution. Pour l’auditoire, le rappel des souffrances n’apporte rien. Ils se tournent donc vers d’autres genres musicaux plus revendicatifs comme la soul music.



Seeger lors du freedom summer (août 1964), dans le Mississippi.


Le mouvement folk s'effrite également. Certes, Joan Baez continue de dénoncer les injustices partout dans le monde, mais la plupart des autres artistes folks ne jouissent que d'une audience limitée et ils sont vite supplantés par le rock'n'roll naissant. A partir du milieu des années soixante, Dylan lui-même, lassé d'être cantonné dans son rôle de chanteur militant, se tourne vers le rock. Au festival folk de Newport, en 1965, il provoque l'ire de l'auditoire en branchant sa guitare.








Liens:


- Un article intéressant de L'Express sur le Folk.


- Le très bel article réalisé par deux élèves (Cécile Rolland et Loïc Rebaodo) de M. Tribouilloy sur son très bon blog. L'analyse des stratégies uiltisées par le FBI pour déconsidéré le dr Kink sont particulièrement intéressantes.





Sources principales:
- Peter Guralnick:"Sweet soul music_ rythm and blues et rêve sudiste de liberté", éditions Allia,2003.
- Sebastien Danchin:"Encyclopédie du Rythm and blues et de la soul", Fayard, 2002.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005.
- Gérard Herzaft:"La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997.

3 commentaires:

Peter a dit…

Slight correction: The 1957 photo of MLK with Seeger at Highlander was in Tennessee, not Mississippi. Thanks for the link!

J. B. a dit…

Merci pour cette remarque. Je m'empresse de corriger cette erreur.
J.B.

sleepyhead a dit…

Bon pour faire plus simple j'ai mis ce blog en favoris car il y a beaucoup de choses passionnantes à y lire. Et attention c'est une paresseuse de la lecture qui dit ça ! Non vraiment il est très intéressant et très instructif ce blog. :)